François-René Rideau (fare) wrote,
François-René Rideau
fare

Encore Pinochet contre les communistes

Apparamment, mon article Chili Con Carne sur le renversement d'Allende par Pinochet, dont une version est parue au QL sous le titre Pinochet, le moins mauvais des dictateurs, suscite régulièrement des réactions, en général de lecteurs gauchistes outrés ou de leurs idiots utiles. J'avais déjà répondu une fois: Comment traiter ou ne pas traiter un communiste. Mais puisque visiblement ça ne suffit pas, voici un nouvel épisode de la série.

NB: pour une mise en situation historique, lire les articles auxquels je fais référence au début de mon article initial, et voyez notamment le site Economía y Sociedad, où on trouvera cette explication de José Piñera, ou en plus succint et moins argumenté que mon article initial, mais avec la même teneur, cette intervention de Gary Kasparov.

Voici ce que m'écrit Simon via le courrier du QL:

Je suis étudiant en science politique et il est un devoir de réagir sur l'article sur Pinochet. Celui qui affirme que Pinochet n'était pas un mauvais dictateur.
En ce qui concerne Salvador Allende, on a beau ne pas être opposé, politiquement, à lui, il reste tout de même démocratiquement élu. Le mode de scrutin la amené au pouvoir avec une majorité puisque les sociaux démocrates lui ont confiés leurs voix.

Mais le plus important est de réagir à l'idée que Pinochet n'est pas un « mauvais dictateur ». Depuis quand peut on faire un échelle des bon ou des mauvais dictateur. Ils sont tous mauvais. Notamment celui-ci.

Juste un témoignage, celui d'une femme détenu en 1974: « Por violación de los torturados quede embarazada y aborté en la cárcel. (...) Me obligaron a tomar drogas, sufrí violación y acoso sexual con perros, la introducción de ratas vivas por la vagina y todo el cuerpo. Me obligaron a tener relaciones sexuales con mi padre y mi hermano, que estaban detenidos. También a ver y a escuchar las torturas de mi hermano y padre. Tenia 25 anos.

Comment un dictateur ne peut pas être mauvais? Quelque soit la philosophie, les tendances politique, il y a un devoir de mémoir obligatoire. Les communistes ont reconnus les horreurs faites en URSS. Les Khmers rouge vont bientôt être jugé. Pinochet aussi sera jugé, car le mal quil a fait, quils ont fait, est une atteinte à l'humanité.
allez voir http://www.servicios.gov.cl/comision/

Et voici la réponse que je lui ai faite, quelque peu éditée.

Je suis étudiant en science politique et il est un devoir de réagir sur l'article sur Pinochet. Celui qui affirme que Pinochet n'était pas un mauvais dictateur.

L'article n'affirme rien de tel, et ne l'a JAMAIS ne fût-ce que suggéré. Vous devriez vous interroger sur les raisons qui vous poussent à fantasmer une telle affirmation de ma part et à produire une accusation aussi absurde.

En ce qui concerne Salvador Allende, on a beau [...] être opposé, politiquement, à lui, il reste tout de même démocratiquement élu.

Avec 36% des voix, comme pour Hitler, et bien moins que pour Napoléon III, le FIS, Mugabe, et tant d'autres joyeux drilles.

une majorité puisque les sociaux démocrates lui ont confié[...] leurs voix.

En l'échange d'un engagement, qu'il n'a jamais tenu, de respecter la constitution, les institutions, les libertés, etc., avec l'indépendance de l'armée comme garante. Et puisque vous respectez la majorité, la majorité, avec vos fameux sociaux démocrates, a appelé cette fameuse armée garante des libertés pour qu'elle débarrasse le pays de cette engeance de Allende qui affamait le peuple, laissait assassiner des innocents et préparait ouvertement une transition du pays vers un communisme totalitaire.

Mais le plus important est de réagir à l'idée que Pinochet n'est pas un « mauvais dictateur ».

Personne n'a rien dit de tel sauf vous-même à l'instant.

Juste un témoignage, celui d'une femme détenu[e] en 1974 : [...]

Oui, il y a des centaines de tels témoignages pour quelques milliers de morts. Dans les autres dictatures, il y a des centaines de milliers de morts et des témoignages au compte goutte. Et dans les dictatures communistes, des dizaines de millions de morts et aucun témoignage. Voilà la différence. Il ne s'agit pas de dire ici, c'est bien, mais de rétablir le sens des proportions, et la malhonnêteté intellectuelle crasse des néocommunistes que vous suivez bêtement et qui défendent les régimes communistes tout en montrant Pinochet comme l'exemple du mal absolu.

Quel[le ]que soit la philosophie, les tendances politique[s], il y a un devoir de mémoir[e] obligatoire.

Il y a surtout le devoir de ne pas avoir une mémoire à deux vitesses. Si tu te souviens systématiquement des quelques manquements d'un brave type et que tu passes sous silence les massacres systématiques de génies du crime, tu es pire que quelqu'un qui ne se souvient pas. Ou alors avec ta mémoire sélective, tu vas dire que Roosevelt est une ordure parce que quelques GIs sous son commandement ont violé des françaises (ce qu'il n'a jamais ordonné), cependant que Hitler est un brave type parce qu'il a présidé tel gala de charité (tout en oubliant les crimes de masse qu'il a effectivement ordonnés).

Les communistes ont reconnu[...] les horreurs faites en URSS.

Non. D'ailleurs, la plupart continuent à dire que c'était mieux avant, à en rejeter la faute sur un principe extérieur au communisme, etc. De nombreux nient les crimes, rejettent les chiffres avancés, etc. Une poignée de communistes ont pleinement reconnu ces horreurs. Ils ne sont plus communistes.

Les Khmers rouge[s] vont bientôt être jugé[s].

Pas par les communistes qui les ont toujours soutenu jusqu'après l'insoutenable. Ils continuent de soutenir Castro, Kim Il Sung, les communistes chinois et vietnamiens, etc. En fait, ils arrêtent parfois de défendre des communistes vaincus, mais jamais je n'ai vu de communiste critiquer un régime communiste, sauf à prétendre que ledit régime n'était pas assez communiste (pas assez de totalitarisme, de répression, etc.).

Pinochet aussi sera jugé, car le mal qu'il a fait, qu'ils ont fait, est une atteinte à l'humanité.

Non, le mal qu'il a cautionné est une atteinte à des personnes spécifiques, et non pas à l'humanité. La plupart des victimes de ses troupes étaient des criminels de la pire espèce et leurs complices, assassins, affameurs, commissaires politiques, etc., au cours d'une guerre que ces mêmes personnes ont déclarée. Ceux qui appelaient à la révolution, au sang, au meurtre des opposants, aux camps de concentration, etc., qui préparaient activement cette révolution, qui la pratiquaient déjà, ont été victimes d'une contre-révolution bien bégnigne en comparaison de ce qu'eux mêmes prônaient. Que la plupart de ces personnes soient encore en vie est le témoignage que la répression de Pinochet a été bien peu terrible en comparaison de celle d'autres dictatures -- notamment les dictatures communistes du genre qu'Allende préparait ouvertement, avec l'appui de la Corée du Nord, de la Tchécoslovaquie et de Cuba, ses alliés et modèles avoués, qui ont chacune massacré bien plus que Pinochet.

Cela n'est certes pas une excuse pour les méthodes peu civilisées des hommes de Pinochet -- mais il reste à établir que cette absence de civilisation serait le fait de Pinochet lui-même, pour le déclarer coupable. Ou sinon, on pourrait reprocher à César que ses troupes ne portaient pas de déodorant. Pinochet n'a pas pris la tête d'une troupe d'enfants de choeur qu'il a formé en vue d'une opération de routine; il a pris dans l'urgence la tête d'une armée déjà existante, au sein d'un pays bien moins policé que le nôtre aujourd'hui. Qu'a-t-il effectivement contribué aux méthodes utilisées par ses soldats, je ne le sais pas, et si vous ne le savez pas non plus, vous n'avez aucun élément à lui reprocher. Par comparaison, on sait que Saddam Hussein ordonnait personnellement la mutilation de dissidents d'opinion, et cautionnait personnellement les viols commis par ses fils pour leur bon plaisir -- et pas dans l'urgence pour étouffer une révolution génocidaire. Alors, dire que Saddam Hussein est un criminel qui doit être enlevé de force et condamné, oui. Dire que Pinochet est un criminel qui doit être condamné -- peut-être, mais je n'ai pas vu le moindre élément de dossier à son encontre. Il est certain que des crimes ont été commis par les troupes contre-révolutionnaires durant l'opération de sauvetage du Chili -- puisque dans le témoignage que vous citez comme dans d'autres, des membres innocents de la famille de criminels, et non pas les seuls criminels, ont subit des outrages caractérisés. Reste à établir les responsabilités, ce qui est moins évident. Notons toutefois que tout ce qui arrive à un criminel révolutionnaire communiste génocidaire n'est aucunement un crime. Seuls les outrages subis par des innocents constituent des crimes. (À ce titre, la statistique officielle de 3197 victimes du régime de Pinochet est complètement trompeuse, puisqu'elle refuse fallacieusement de distinguer les éventuelles et regrettables victimes innocentes et les crapules terroristes communistes.)

Bref, si Pinochet s'en est pris explicitement à des innocents, s'il a effectivement ordonné des actes barbares qui auraient sinon été évités, alors, oui, il est coupable, non pas envers l'humanité mais envers lesdits innocents. Et il devra non pas être puni, mais être obligé à dédommager ces innocents. Mais rien de cela n'est pas établi. Ce qui est établi, c'est qu'il a commandé une guerre sale contre un ennemi plus sale encore -- la pire engeance que la terre ait jamais connu -- les communistes. Seuls ceux qui ont vaincu des communistes avec plus d'humanité -- comme les américains en Corée du Sud? (même pas, un nettoyage plus sale que celui de Pinochet étant mené par les sud coréens, au grand dégoût des américains présents) -- peuvent se sentir supérieurs à Pinochet.

Les gauchistes sont opposés à la justice pénale parce qu'ils aiment les criminels même homicides qu'ils considèrent comme des amis, des socialement proches contre l'ordre bourgeois, -- mais ils sont pour l'injustice pénale qui consiste en l'assassinat, l'emprisonnement ou la mort en camp de concentration de tout dissident politique, ne parlons même pas d'opposant armé. Je suis contre la justice pénale parce qu'elle n'a rien de juste, même contre les criminels. Une peine n'a jamais rien réparé. Un criminel dangereux doit être éliminé physiquement de la société en tant qu'il constitue un danger et jusqu'à ce qu'il soit inoffensif, éventuellement par la mort -- c'est là un acte de police, pas de justice. Je ne vois ni crime ni danger au sujet de Pinochet, donc aucune raison de l'emprisonner ni de le tuer actuellement. Ç'aurait été éventuellement différent du temps de la dictature, s'il avait essayé de se défendre par la force contre la démocratie -- alors qu'au contraire il a rétabli par la force une démocratie mise à bas par le communisme.

Bref,
(1) il ne s'agit pas de juger les choses et les gens hors contexte. Curieux comme les gauchistes sont relativistes quand il s'agit d'attaquer tout ce qui est bon et de défendre tout ce qui est mauvais, mais soudain bien absolutistes et insensibles au contexte quand il s'agit du contraire.
(2) il ne s'agit pas de dire que Pinochet est bon ou mauvais dans un absolu imaginaire, mais de savoir s'il est pire ou meilleur qu'un autre dictateur. Pour cela, il est impossible de ne pas prendre en compte cet autre dictateur. Vous refusez d'effectuer la moindre comparaison avec ce qui s'est passé dans d'autres pays, vous êtes donc hors-sujet.
(3) pour savoir si Pinochet en tant qu'individu est coupable ou innocent, ce qui est une question fort différente de bon ou mauvais, il faut déterminer non pas ce qui s'est passé durant le drame chilien, mais d'évaluer la contribution -- positive ou négative -- de Pinochet à ce drame. Pour cela, il faut comparer à ce qui aurait pu se passer s'il était resté inactif et avait laissé le pouvoir à Allende et ses amis totalitaires ou à d'autres putschistes. C'est là encore une autre comparaison que vous refusez de faire.

Les croyants primaires, fanatiques, intégristes, veulent un jugement dans l'absolu, à l'aune des superstitions qu'ils adorent (leur version de Jésus, de Mohammed, de Marx, etc.). Les hommes raisonnables, qui veulent la paix et la justice, jugent dans le contexte en comparant les alternatives valables, en jaugeant au vu de pratiques dans des situations similaires, etc. Je suis résolument dans ce deuxième groupe, et j'espère vous compter parmi nous.

Prétendre tout à la fois rejeter toute comparaison tout est mauvais et en même temps singulariser l'un celui-là est pire. Voilà la rhétorique communiste à l'oeuvre, en deux temps: (1) anesthésier la capacité à penser (2) imposer son choix particulier. Détruire la raison, la remplacer par l'intimidation. Toujours le même principe immuable.

Tags: communism, fr, justice, pinochet, police
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