François-René Rideau (fare) wrote,
François-René Rideau
fare

  • Music:

Bifurcation

Parfois, je me dédouble. Armé d'un objet coupant, je me tranche en deux, parfois même en trois, en quatre, en dix, voire plus! Alors s'ensuit une bataille acharnée, de laquelle une unique des parties de ce qui fut moi sortira seule victorieuse. La certitude de cette brutale fatalité écarte toute pitié d'un affrontement devant lequel le fratricide paraît bénin. L'arme apporte bien sûr à celui qui la possède initialement, ou à celui qui s'en empare, un avantage meurtrier. Mais parfois la bataille dans sa sauvagerie primordiale se mène à coups de dents et souvent l'anthropophagie en est l'issue pécheresse damnant irrémissiblement son auteur aux flammes d'un enfer où l'horreur de son geste le poursuivra pour l'éternité. Les vaincus réduits à l'état de miettes finissent dans les poubelles de l'histoire, vite oubliés dans le mépris de tous, sans que personne ne trouve à s'émouvoir le moins du monde de leur sort. Le vainqueur, par contre, auréolé de sa gloire assassine, a la part belle, et devient, lui, un moi régénéré, que tous alentour regarderont plus favorablement que le moi d'avant. Et cependant, cette victoire reste éphémère, car bientôt ce vainqueur d'un jour doit se résoudre à un acte sacrificiel, et par son auto-mutilation appeler au suivant de ces cycles de renouveau par la destruction.

Ces atrocités passent la plupart du temps inaperçues, ne suscitant pas le moindre scandale. Au contraire, pour ce qui est des rares commentaires, on m'a parfois félicité du combat, et je dois dire que d'aucuns par le passé n'ont pas hésité à me faire le reproche de trop tarder à commencer le massacre, ou d'y avoir montré trop de retenue. L'église, quant à elle, cautionne: elle ne dit rien; mais sous cette neutralité officielle ne fait même pas semblant de se cacher un encouragement à procéder, aussi limpide que tacite. Les membres du clergé vont jusqu'à donner l'exemple à titre personnel. Où est l'opinion internationale? Que fait le gouvernement? Silence radio to-tal. La chose a beau se répéter, encore et encore et toujours, nul ne bouge un petit doigt, les masses étant complices -- et je suspecte bien pire.

Voilà la chose, nue dans toute sa monstruosité. Folie! Schizophrénie! Abus de Highlander éthylique! s'écriront mes détracteurs hallucinés? Non pas. Manucure. Et pour escalader dans l'indicible, je dois maintenant me préparer à affronter un expert dans l'art de découper les gens en des centaines de milliers de morceaux, pour la plupart petits et effilés. Dieu me garde.

Tags: fr, manicure, philosophy, silly
Subscribe
  • Post a new comment

    Error

    Anonymous comments are disabled in this journal

    default userpic

    Your reply will be screened

    Your IP address will be recorded 

  • 0 comments