François-René Rideau (fare) wrote,
François-René Rideau
fare

  • Mood:

Chili Con Carne

Les socialistes ont profité du 11 septembre 2003 pour verser des larmes sur Allende suicidé 30 ans auparavant (sur ordre de Castro) et rebaptiser une place de Paris à son nom. En contrepoint, ne manquez pas la lecture de "Le 11 septembre... 1973" d'Ase (trouvé grâce à Turion Lugol), et en anglais de "Chile under Allende" de George Irbe. [Mise-à-jour: plus complet, "The Allende Myth" (archive) de Val (trouvé via MiF); voir aussi "Chile's Socialists Speak Frankly" d'Erik Svane, ou Fidel, Pinochet & Me de David Horowitz, Le Chili et Pinochet, l'histoire non dite de Philippe Chesnay (trouvé via MiF), ou encore Salvador Allende - The Herald of Pinochet (via Catallarchy), ou enfin ce site essentiel, CHILE 1973, ou la voie chilienne vers le socialisme] [Lire mes autres billets sur ce sujet.]

Pour moi, Salvador Allende est le meilleur des chefs d'état possibles: un chef d'état mort.

Allende, qui dirigeait une coalition de partis marxistes, a été élu à la majorité relative (36% des voix). Conformément à la constitution, qui ne prévoyait pas de second tour, c'est l'assemblée qui désigna le président, et qui cautionna cette majorité relative après qu'Allende se fut engagé à respecter la constitution — ce qu'il n'a pas fait. Sous sa présidence, le pays a été progressivement collectivisé, par la pression administrative gouvernementale et syndicale, la terreur communiste officieuse, la non-application inconstitutionnelle par le pouvoir exécutif des décisions judiciaires défendant la propriété privée, la prise en main de facto de l'industrie par les syndicats, etc. Sachant que le parlement et la société civile résistaient, Allende préparait activement la prise de pouvoir par les armes, avec l'aide de Cuba, de la Tchécoslovaquie, etc. À la fin, le parlement démocratiquement élu lui-même requit l'usage de la force armée à son encontre — et avec une majorité absolue, cette fois!.

Pinochet a donc sauvé son pays d'un plongeon sanglant dans une dictature communiste. S'il a préféré garder le pouvoir le temps que les choses se tassent, il a restauré la démocratie dans son pays dès la chute de l'impérialisme communiste soviétique, après référendum. On déplore de l'ordre de 3200 morts durant l'ensemble de la dictature de Pinochet, la plupart d'entre eux des terroristes, commissaires politiques et autres propagandistes du meurtre politique — qui s'est finalement retourné contre eux! Comment les collectivistes peuvent-ils, eux, reprocher à Pinochet ses méthodes? Nous seuls individualistes avons la légitimité de les reprocher à Pinochet — et nous n'y manquons pas. Combien de morts dans la moindre dictature communiste? Combien de morts Allende se préparait-il à faire, en plus des centaines de meurtres déjà perpétrés par les groupuscules communistes qui jouissaient de sa bienveillante passivité? À vrai dire, vu comme les communistes se purgent les uns les autres dès qu'ils ont éliminé leurs adversaires, il y aurait sans doute eu plus de morts parmi les seuls communistes (sans parler des autres) si Allende avait confirmé son pouvoir par la force comme il en avait l'intention — mais pas exactement les mêmes, c'est sûr: les pires auraient survécu et prospéré.

Quant au bilan du règne de Pinochet, combien de dictateurs ont quitté volontairement le pouvoir de leur vivant? Combien de chefs d'état ont sorti leur pays de la ruine organisée par les communistes, et l'ont mené à la prospérité, sans enrichissement personnel massif? (Comparer à un Chirac.)

En fait, si parmi tous les dictateurs du monde, les gauchistes s'en prennent spécifiquement à Pinochet, avec une violence verbale inouïe, et à l'exclusion de tout autre dictateur, c'est parce que malgré ses erreurs et les crimes dont il a endossé la responsabilité, c'est un type plutôt bien. Il y a de nombreux dictateurs bien pires que Pinochet. Qui ont tué bien plus d'innocents. Qui ont été soutenus plus activement par les américains. Qui ont traité des rivaux et adversaires communistes avec bien plus de cruauté. Mais aucun d'entre eux n'était un type bien. Tous étaient soit des raclures corrompues accrochées au pouvoir, soit des incapables se maintenant par la cruauté, soit des collectivistes au même titre que les communistes — alternatives non exclusives. Seul parmi eux Pinochet n'est pas digne d'un profond mépris. Dans leur inversion de toutes les valeurs humaines, les gauchistes s'en prennent violemment à Pinochet, non pas parce qu'il est le pire, mais parce qu'il est le meilleur — ou du moins le moins mauvais — de tous les dictateurs de l'époque moderne.

Pendant longtemps, je n'ai pas compris pourquoi ma mère respectait Pinochet, alors que l'école et les médias m'enseignaient à le haïr et à adorer le collectivisme. Il m'a fallu du temps, mais j'ai finalement compris. Il suffisait pourtant de se renseigner, tout simplement.

À propos de dictature et de démocratie, je rappelle que pour un libéral, tout pouvoir politique est illégitime et mauvais, et que ce qui compte n'est pas la méthode, démocratique ou non, par laquelle on détermine celui qui usera de ce pouvoir. Ce qui compte, c'est l'étendue ou la restriction dudit pouvoir. Est-ce que les droits individuels sont respectés, en pratique? Le sont-ils dans la tradition orale, dans le droit écrit? Voilà ce qui détermine si le pays est libre ou non — métonymie qui s'applique aux habitants et n'implique pas l'existence et la validité d'un concept autonome de pays. À ce titre, la dictature de Pinochet, qui n'était certes pas un régime de liberté, était bien plus respectueuse des libertés que toutes les républiques "démocratiques" d'Europe de l'Est réunies, et peut-être même que la plupart des autres dictatures nationalistes, comme la Corée du Sud d'alors ou Singapour (y a-t-il eu des études à ce sujet?). Mais c'est Pinochet et pas un autre qui est dans le collimateur des terroristes intellectuels gauchistes — parce qu'ils savent que par delà les rivalités de pouvoir, Pinochet et pas un autre est leur ennemi par les valeurs positives qu'il représente et qu'ils honnissent. En fait, la liberté est tellement peu dans la démocratie qu'à force de se socialiser, toute "démocratique" qu'elle est et restera, la République Française (qui n'a pas de leçons à donner côté victimes innocentes) finira par tomber plus bas que le Chili d'alors — celui de Pinochet, — voire pire encore, celui d'Allende.

Bon. J'endosse maintenant ma veste ignifugée. Par ici les flammes!

Tags: communism, essays, fr, history, libertarian, pinochet, war
Subscribe
  • Post a new comment

    Error

    Anonymous comments are disabled in this journal

    default userpic

    Your reply will be screened

    Your IP address will be recorded 

  • 47 comments
Previous
← Ctrl ← Alt
Next
Ctrl → Alt →
Previous
← Ctrl ← Alt
Next
Ctrl → Alt →