François-René Rideau (fare) wrote,
François-René Rideau
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(Dé)Sélectionner l'intelligence, II

L'effet Dilbert dit que l'intelligence utile qui fait vraiment avancer la société est celle d'un groupe marginal parmi une majorité écrasante d'imbéciles relatifs. Ça ne contredit pas le principe d'une sélection qui favorise l'intelligence en générale et fait monter le QI moyen. En fait, si l'intelligence supérieure est statistiquement favorisée par rapport à l'intelligence moindre, alors le progrès de toutes les intelligences s'accompagnera d'un accroissement des inégalités, vers le haut, faisant que la majorité est de plus en plus relativement imbécile par rapport aux plus rares intelligents, tout en étant de plus en plus absolument intelligente. --- et tant mieux!

D'un autre côté, la loi des rendements décroissants fait que cette intelligence en trop est de plus en plus difficile à exploiter. Dans une société libre, cela pourrait être conçu comme une opportunité de progrès par l'exploitation de ces gisements d'intelligence; dans une société de privilège, au contraire, ça devient surtout l'occasion d'une course aux privilèges entre les plus malins, qui sélectionne un certain type d'intelligence pas très honnête. La fin du féodalisme a débloqué la révolution industrielle qui a permis d'exploiter les forces de la nature comme jamais auparavant; la fin de la politique débloquera peut-être tout ce potentiel intellectuel inexploité?

Une peur soudaine est que les gènes arrivent à discriminer l'intelligence politique, celle permettant la domination des hommes, de l'intelligence économique, celle permettant la maîtrise de la nature, de façon qu'après une trop longue domination de régimes de domination, les compétences génétiques soient complètement orientées vers la domination, et mènent à la stagnation de l'intelligence honnête qui enferme l'humanité à jamais dans la domination de l'homme par l'homme. L'Etat-Providence fournit à ce titre une généralisation de la sélection du parasitisme à l'échelle de la société entière, là où auparavant elle aurait été restreinte à une classe restreint de nobles. Mais en fait, ce phénomène a déjà dû avoir lieu et avoir atteint son sommet; la domination de l'homme par l'homme a déjà eu tous les millénaires dont elle avait besoin pour se perfectionner. Les limites contre lesquelles elle butte sont le fait même qui rend la domination immorale: le fait qu'elle est un jeu à somme négative. Donc, pour survivre (du moins par rapport aux concurrents; ce qui suppose que le monopole mondial n'est pas atteint), elle doit s'appuyer sur un corps de créateurs de richesse, qui soit plus opulent pour supporter de tels parasites vivant grassement sur son dos. Non seulement le nombre de postes de parasites sera limité par rapport à ce pool qui devra vivre de l'intelligence, mais encore, les parasites rivaliseront les uns contre les autres, ce qui augmente la sélection mais appauvrit le pool génétique des parasites (avec comme exemple extrêmement frappant la dégénérescence visible des familles royales d'ancien régime).

Enfin, en se développant, les parasites créent une sélection en faveur de défenses efficaces. Et la défense efficace contre la tromperie et la force est l'intelligence logique capable de détecter la tromperie, et des mécanismes de résistance coopérative ou de fuite. Bien sûr, les parasites peuvent créer des conditions tellement destructrices pour le reste de la société que les exploités ne peuvent plus se défendre, ne peuvent plus prospérer. Mais dans de telles conditions, il n'y a pas d'équilibre magique; ou bien leur répression n'est pas si forte qu'elle empêche les opprimés de prospérer quelque peu, et alors, il y aura sélection d'une intelligence économique, après une période d'adaptation où les opprimés auront fait le deuil de ce que l'oppression leur coûte, ou bien leur répression est trop forte, et mène les exploités à la ruine, et les parasites à leur suite.

En fin de compte, c'est -- par une tautologie aux ramifications pas toujours évidente -- la morale qui l'emporte, si on laisse faire les forces de sélection. Enfin laisse faire, façon de parler trompeuse: car nous ne sommes pas extérieurs et supérieurs à cette sélection, nous en participons.

Tags: evolution, fr, intelligence, morality, predation
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