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François-René Rideau
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Critique des Institutionnalistes

Drieu Godefridi, fondateur de l'Institut Hayek Institute, est un garçon que j'aime et que j'admire. Nous avons beaucoup en commun, et je suis fier d'avoir marché à ses côtés à Bruxelles dernièrement; sur le plan humain, j'aurais beaucoup à apprendre de lui, de même que de la plupart des libéraux que je connais. Cela n'empêche pas qu'il y a des divergences intellectuelles entre nous: il s'est notamment fendu en son temps d'une Critique de l'Utopie libertarienne (il veut dire par là de l'anarcho-capitalisme), qui par delà les choix contestable des correspondances mots-définitions, repose à mon sens sur une erreur d'attitude. Pour moi, Drieu est une victime profondément atteinte du Ghost Not phenomenon: trompé par les mots parce que voulant être trompé par les mots.

Drieu sait qu'il est illusoire de mettre sa foi dans aucun homme politique; aussi, il met son espoir dans un système politique abstrait, réalisé dans des institutions, qui sauverait les hommes presque malgré eux, et dont l'agencement mèneraient les hommes nécessairement à la justice. En cela d'ailleurs, il me rappelle ma mère. Mais cet espoir repose sur la croyance en ce que les mots ont en un sens absolu et sacré, la lettre des institutions qu'il aurait agencé s'imposant parfaite et immuable aux hommes; en cela, cet espoir ne diffère pas des illusions de Rousseau et autres utopistes qui se rêvaient Législateurs tels Lycurgue ou Solon. Bien sûr, contrairement à toutes ces graines de totalitaristes, qui voulaient inventer un monde statique parfait, Drieu, à la suite de Hayek, cherche un monde dynamique parfait, dans le cadre d'institutions abstraites statiques. Il ouvre donc tout un espace de liberté pour l'homme, mais cherche une solution statique au niveau méta: des Institutions, garantes du Droit.

Mais Drieu ne se rend pas compte que des institutions ne sont pas des choses magiques qui une fois décrétées se transsubstantient en concepts divins absolus et statiques, mais bien des associations humaines, faites d'hommes, soumises aux lois du comportement humain. Quand bien même les mots parfaits auraient été trouvés, comme pour la Sainte Bible, le Saint Coran, le Livre de Mormon ou la Dianétique (choisissez votre texte sacré préféré), le sens des mots lui-même dérive. Auto-citation en provenance de mon fichier de citations:

Je rêvai un jour que l'on enseignerait aux enfants qu'il ne faut pas accepter les slogans sans esprit critique, mais qu'il faut en percer le sens ou la vacuité de ses mots. Cependant, je réalisai vite que d'ici à ce que les écoles enseignent cette perle de sagesse, elle serait elle-même devenue un slogan vide de signification, le sens de ses mots ayant dérivé ou été autrement corrompu par le temps et le vice. Il faut plus que des mots morts pour faire que les gens pensent par eux-mêmes; il faut une tradition vivante.

Ainsi, si les hommes sont faillibles, leurs institutions aussi. La salvation ne peut pas venir de l'extérieur de l'homme, tout simplement parce qu'il n'y a pas d'extérieur; et cet extérieur qui n'existe pas à l'état naturel ne peut pas davantage être synthétisé de façon artificielle. Si salvation il peut y avoir, elle ne peut avoir lieu que dans l'homme et par l'homme. Ce qui nécessite de comprendre la nature humaine. C'est pourquoi le libéralisme est avant tout un humanisme: comprendre l'homme pour comprendre comment il peut et doit agir (Relire de Ayn Rand, Philosophy, Who Needs It?).

Or, si l'on peut savoir quelque chose de la nature humaine, c'est bien que dans l'émergence de sociétés humaines comme de tout système, le résultat dépend des rétroactions positives (croissance) et négatives (équilibre) du monde sur les preneurs de décisions. Et dans une société humaine, cette rétroaction n'est rien d'autre que le lien entre la responsabilité et la liberté, qui, quand elles se confondent, prennent le nom de propriété. Ainsi, c'est le respect du Droit, exprimé en terme de propriété, qui peut seul être garant d'une société juste. Lors que les institutionnalistes rêvent d'institutions qui soient garantes du Droit, c'est au contraire le Droit qui seul peut garantir des institutions justes. A commencer par le droit de faire sécession vis-à-vis d'institutions que l'on juge iniques.

Tags: argument, black magic, building freedom, dynamism, fr, institutionalism, libertarian, memories, meta, panarchy, quotes, statism
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