January 23rd, 2011

eyes black and white

Complainte silencieuse du Prisonnier Politique Inconnu

Pris et capturés car coupable
d'un crime impardonnable:
oser publier — et sans parure —
des paroles impies, impropres à être prononcées, proclamées impures
par les représentants du peuple et autres prophètes supposés,
impensable péché!
repousser la pensée aux confins du possible,
en se sachant passible
pourtant d'une punition
dépassant la prison,
la potence, ou le pal, par delà la mort
ou toute peine que le corps
pusse capablement supporter
sans que l'âme fusse frappée
corrompue par la faim et la peur qui réduisent la personne
à un ventre sur pied, dont le vide résonne
impuissant sous les coups des kapos,
les bottes des prétoriens qui pleuvent à tout propos
faisant plier le peu de volonté qui parvient, furtive et incertaine
à survivre sous le poids oppressant d'une suprême haine
en puisant du plus profond de soi l'espoir, improbable, que les dieux prinsent pitié
que la plaie putréfiée
leur tenant place de jour, et la puanteur glacée
qui plombait leur nuit fussent balayées
par une providence soudaine, fantaisie pas plus absurde que le tourment permanent où ces pauvres hères étaient plongés,
sous-produits d'un système monstrueux que la populace paralysée
non-seulement permettait,
mais supportait,
prétendant à tout prix n'en pas percevoir l'horreur éclatante
et plutôt plaçant foi en sa pernicieuse propagande omniprésente,
sans ami, sans appui, qu'un simple souvenir d'un passé
perdu,
l'aspiration à un futur cependant déjà amputé
traverser donc cet enfer sans issue
dont le moyen était violence,
le but souffrance.
Le pas l'oie se passe de loi.
Ici, il n'y a point de pourquoi.