September 5th, 2007

eyes black and white

Visite à l'Opéra Garnier

1938. Un magnat de l'Opéra à privilège perd de l'argent à produire des opéras que nul ne veut regarder. Il fait faillite. L'État le rachète et éponge ses dettes à coups de millions pour qu'il puisse continuer à produire des opéras que nul ne veut regarder.

Décidément, le Front Populaire était activement occupé à perdre la guerre en financant des entreprises inutiles pour satisfaire les goûts particuliers d'une toute petite minorité politiquement connectée au détriment de la majorité des citoyens opprimés, plongés dans une souffrance prolongée au nom du droit d'une élite autoproclamée à leur imposer ses goûts décadents.

Dans la partie musée de l'Opéra, un documentaire de propagande vichyste passe en boucle. L'idéologie nationale socialiste d'alors colle parfaitement à l'idéologie socialiste nationale d'aujourd'hui. On célèbre le collectif de 1200 personnes, qui travaillent dur tous ensembles vers un seul but sous l'autorité du chef, comme un exemple pour une nation en ruine où tous doivent se sacrifier de même.

Cruelle comparaison que celle d'avec le Metropolitan Opera de NYC, dont les comptes positifs sont financés par le public, pour le public, spectateurs et donateurs volontaires, et dont les productions classiques rayonnent sur le monde entier. Oui, il y a des subventions publiques aussi, mais elles n'égalent pas les impôts loin de là; et si les lois fiscales ont forcé l'entreprise à se faire ASBL, l'intervention politique y reste considérablement moindre qu'en France. En fin de compte, c'est bien le public qui paie à mesure de sa satisfaction — et c'est la satisfaction du public, pas celle de maîtres politiques, que cherche activement à satisfaire l'institution privée.