Dans le vieux Kanazawa, visite de vieilles habitations préservées.
Une pharmacie. Que valait la médecine japonaise au XIXème siècle?
Sans doute mieux que rien -- au moins dans quelques cas.
La demeure d'un grand samouraï. Son jardin sublimement entretenu
-- esthétique aristocratique de la contrainte et de la torture.
Le commerçant qui s'enrichit par l'échange volontaire
avec ceux dont il sauve les vies,
le parasite qui s'enrichit par le rançonnage sanglant
de ceux dont il détruit les vies --
le karma est en piètre équilibre.
Mais l'équilibre karmique évolue positivement:
L'esthétique traditionnelle japonaise, avec ses arbres torturés,
ses arrangements contre-nature, sa fascination pour la mort sanglante,
son culte de l'homme qui n'a rien à perdre, est en relation directe
avec la domination brutale des samouraïs.
Les esthétiques contemporaines sont aussi en relation
avec la libération sociale et les contraintes qui demeurent.
L'atmosphère étriquée d'un manque chronique de place,
les lignes droites des murs et fenêtres
qui cadrent maintenant le milieu urbain,
les sentiments contenus dont l'expression artistique
est maintenant explosion violente virtuelle plutôt que surenchère de subtilité,
le charme de l'uniforme des collégien(ne)s,
l'érotisme de la suggestion quand l'explicite est censuré,
la bande dessinée comme moyen d'expression populaire,
la pression sociale pour la réussite scolaire,
les difficultés de communication entre les sexes,
la technologie intégrée au quotidien sans confrontation,
la complexité des multiples écritures tantôt atomiques tantôt combinatoires,
toujours graphiques, etc.,
tout cela est cohérent avec l'évolution de l'art japonais actuel,
son style mignon outrageusement enfantin, ses héros semi-robotiques,
ses dessins expressionnistes, sa fuite dans le virtuel.
Que la libération (certes incomplète) des japonais
ait ainsi révolutionné aussi rapidement toute la mentalité
et jusqu'à l'esthétique de tout un peuple,
sans pour autant sacrifier les meilleurs traits du passé
(discipline, propreté,
importance du processus et non du seul résultat visible,
continuité entre technologies passées et futures, etc.),
voilà qui présage heureusement de toute libération politique:
il n'y a pas à avoir peur que le peuple
ne suive pas le progrès
-- car par définition, une fois libre, c'est lui
qui mène le bal;
plus précisément, chacun est libre,
et si la résultante de loin semble chaotique,
c'est qu'elle est adaptée dans le détail à la complexe diversité
des préférences exprimées par des millions d'individus.