— Toi, t'es contribuable ou contribué?
— Moi? Tribué: pas con!
— T'es sûr? Tu veux dire, tu as une occupation si malfaisante
que dans un régime de transactions volontaires,
personne ne te paierait autant voire plus pour le même boulot bien fait?
— Non, j'dis pas ça. Mais moi, tu vois, j'suis fonctionnaire:
j'fonctionne pour un monopole public.
— Tu sais, si c'est toi qui fonctionne pour le monopole et pas vice-versa,
alors t'es buable, tri-con de te croire bué.
* * *
— Moi j'en connais un, il est payé à rien faire,
et il fomente la préservation et l'intensification des privilèges sur son temps libre.
— Tribué, clair!
— Bien sûr, il vit sur le dos des producteurs de son fief
qui doivent lui payer tribut à la sueur de leur front.
— Comme quoi les rapports entre la noblesse et le tiers état n'ont jamais changé.
* * *
— J'ai un collègue, y s'casse le cul à faire appliquer des réglements malfaisants,
pour un salaire de misère.
— Ah ça c'est le pire de tous: c'est le Kapo.
Mi tri-buable, il aide pourtant le système à fonctionner;
mi tri-bué, il est trop con pour profiter.
— Moi j'suis pas con: je touche pour fermer les yeux.
— Si t'étais sympa, tu fermerais les yeux sans faire payer.
— T'es fou? Et quand l'inspecteur verra que je ferme les yeux,
comment je le paierai, moi, si j'ai pas touché?
— OK. Mais si l'inspecteur refuse de toucher, tu fais comment?
— Raison de plus pour avoir touché: faut acheter sa hiérarchie, et ça coûte carrément plus cher!