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Pourquoi "la loi de Bitur-Camember"

Voici en avant-première le tout dernier article de François Guillaumat et Georges Lane sur la fameuse Loi de Bitur-Camember.

Pour rappel, La loi de Bitur-Camember fut originellement publiée dans le Tocqueville Magazine du 21 mai 2002. J'en ai fait l'exposé dans le billet de mon blog: Redistribution = Dissipation. La BD de Christophe d'où provient le nom est aussi disponible sur mon blog: On ne pense pas à tout.

Pourquoi la loi de Bitur-Camember

François Guillaumat et Georges Lane

Il s'agirait d'intégrer enfin dans l'analyse et la comptabilité économiques la totalité des ressources que la rivalité pour les butins de la redistribution politique contraint à y pseudo-investir et, de ce fait, à gaspiller pour toute production réelle.

C'est une des illusions couramment entretenues sur la redistribution politique que de s'imaginer que, parce qu'elle est une forme impunie du vol, celle-ci serait forcément payante.

L'illusion naît probablement du fait que les voleurs illégaux doivent subir toutes sortes de coûts, lesquels amènent à conclure que le crime ne paie pas: coûts de dissimulation, d'armement, d'évasion, d'emprisonnement, risques d'être blessé voire tué; en revanche, lorsque la spoliation est légale, elle garantit l'impunité aux voleurs, leur économisant tous ces coûts-là. Elle exalte même les receleurs, les faisant passer pour des victimes de la société et se donnant pour une forme supérieure de justice. Serait-ce alors que le crime paie toujours pourvu qu'il soit commis par les hommes de l'état ou avec leur complicité?

C'est là qu'il faut détromper les candidats au pillage légal et leur expliquer pourquoi. La redistribution politique ne peut pas en soi être une meilleure affaire que les autres - parce que la concurrence, à la longue, fait toujours disparaître les bonnes affaires: il n'y a pas de profit certain, il n'y en a jamais. Toute occasion de profit est immédiatement exploitée par ceux qui l'ont perçue, et ce jusqu'à sa disparition. En conséquence, le profit ne s'acquiert que par chance, ou parce qu'on a su mieux prévoir que les autres. C'est vrai par définition du profit, et c'est d'ailleurs le point de départ de tout raisonnement financier, celui dont découlent tous les autres, pour ceux qui ont besoin de raisonner sur des investissements.

Et c'est justement sur des investissements qu'il va bien falloir raisonner enfin:

les investissements qu'il faut faire dans la redistribution politique.

Si l'impunité du pillage étatique épargne certains coûts à ceux qui s'y livrent, ce qu'on oublie le plus souvent c'est que la rivalité pour le partage de son butin n'en sera que plus féroce. C'est à ce moment-là, au moment du partage, que disparaîtra l'avantage présumé que son impunité apporte à ce type de vol. Car ceux qui peuvent espérer une part de ce butin-là feront, pour s'en emparer plutôt que les autres, d'autant plus d'efforts que le pillage est public et le recel impuni, et

ces efforts, chacun les fera à la mesure de la part de butin qu'il espère en obtenir, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de différence entre ce que cela coûte et ce que cela rapporte de voler les autres.

C'est cela qui fait disparaître le profit espéré de la redistribution politique: la rivalité pour le partage du butin. C'est donc un crime qui ne paie pas plus que les autres, et pas davantage non plus qu'une activité honnête. Une fois que l'injustice étatique a nié la propriété des produits, elle n'a fait que les livrer à la foire d'empoigne de la redistribution politique, et cela condamne à disparaître le profit que certains pensaient en tirer - mais cela a aussi pour conséquence, le plus souvent méconnue, que

la richesse qu'ils représentent sera détruite au cours des efforts faits pour s'en emparer.

Comment ça marche?

Une fois que les hommes de l'État ont nié la propriété d'une richesse, il ne faut pas oublier que toutes sortes de gens peuvent mettre la main dessus: il suffit d'être bien placé - et cela, on le verra, n'exclut pas forcément les propriétaires légitimes; et pour obtenir cette bonne place on aura mis en œuvre toute une stratégie, fait toutes sortes de sacrifices, renoncé à une autre carrière, constitué des alliances, bref lancé force entreprises et dépensé maintes richesses sans autre but que de pouvoir accéder à la distribution du butin le moment venu.

Jusqu'où chacun aura-t-il intérêt à investir de la sorte dans la redistribution politique? Si la part de butin qu'on espère avec incertitude est moindre que les ressources qu'on devrait sacrifier pour s'en emparer, ça n'en vaudra pas la peine. En revanche, tant que la part de butin espérée dépasse les ressources employées pour l'obtenir, on trouvera son intérêt à investir davantage dans la redistribution politique. En somme,

chacun investira dans la redistribution politique jusqu'à ce que la part de butin qu'il s'attend avec incertitude à recevoir équivaille aux ressources employées pour l'obtenir.

Cependant, et c'est un fait essentiel pour qui se soucie de distinguer la production de la destruction, la richesse qu'on obtient de la redistribution politique, ce n'est pas cet investissement-là, l'investissement dans la redistribution politique qui l'a produite: c'est un autre investissement, celui qu'avait fait la victime, un vrai investissement celui-là, car c'est lui seul qui a créé la richesse volée, qui a engendré sa capacité à servir les projets humains.

Les investissements faits pour obtenir la richesse politiquement redistribuée ne sont pas nécessaires pour produire cette richesse et ils en seraient bien incapables; ils ne sont donc des investissements que pour ceux qui les ont faits, en vue du butin qu'ils espéraient en tirer. En revanche, pour la production authentique, celle qui crée les produits en rendant les êtres et les choses capables de servir les hommes, ils n'en sont pas du tout.

Les investissements dans la redistribution politique ne sont donc en fait que des pseudo-investissements, des dépenses entièrement perdues pour toute production réelle.

Conséquence logique et massive pour l'idée qu'on se fait du patrimoine productif global ainsi que pour le jugement qu'on peut porter sur les statistiques officielles qui n'en rendent aucun compte:

pour toute richesse redistribuée par les hommes de l'état, il aura fallu détourner de la production réelle une richesse équivalente, pour la pseudo-investir dans la lutte pour ce butin, c'est-à-dire dans les démarches, l'intrigue, la propagande, la corruption et la violence nécessaires pour affronter la rivalité des autres prétendants au partage.

On en trouvera une preuve dans l'écart entre l'ampleur de ce que les politiciens volent - légalement ou illégalement, c'est secondaire - et le peu qu'ils réussissent à garder pour eux-mêmes. On voit dès lors où gît l'illusion dans le sophisme des corrompus de la politique quand ils disent:

je ne suis pas un voleur parce que je ne me suis pas enrichi personnellement

Aucune activité, que celle-ci soit voleuse ou honnête, légale ou illégale, ne garantit l'enrichissement. L'individu qui se défend de la sorte est évidemment un voleur, mais un voleur qui, pour pouvoir voler, pour accéder au pouvoir de voler les autres face à la rivalité des autres prétendants, a dû beaucoup dépenser, sacrifiant la plupart du butin à sa campagne, ou à son parti.

Il ne faut pas non plus oublier les victimes désignées de ladite spoliation légale: dans la redistribution politique, ces victimes-là ne sont pas entièrement impuissantes; elles peuvent s'organiser, défiler, protester, ou au contraire s'évader, à l'étranger ou dans l'illégalité. Chacun de ces choix leur coûte quelque chose, et ces coûts, elles consentent à les subir pour pouvoir disposer d'une richesse - richesse qui se trouve leur appartenir mais que l'injustice des hommes de l'état a livrée à la foire d'empoigne de la redistribution politique.

Dans la mesure où la victime de la redistribution politique pense pouvoir faire quelque chose pour y échapper, elle trouvera aussi son intérêt à investir dans la parade: organisation, défilés, protestations, pressions, évasion, dissimulation, à hauteur du pillage qu'elle s'attend à pouvoir éviter de la sorte; et ces investissements ne seront pas moins des pseudo-investissements, parce qu'ils ne sont évidemment pas nécessaires pour produire ni capables de le faire, et qu'on ne les fait qu'à cause de la redistribution politique: c'est pourquoi, même si, quand ils réussissent, ils permettent aussi de produire davantage, il faut les porter en tant que tels au compte des destructions que celle-ci engendre nécessairement.

Il est donc fatal que pour toute richesse livrée à la redistribution politique, et pour l'ensemble des personnes, une richesse de même ampleur sera soustraite à la production réelle pour être dépensée en pure perte.

Par conséquent la redistribution politique tend naturellement, et inéluctablement, à détruire l'intégralité des richesses dont elle s'empare, ou son équivalent: c'est donc presque exactement à l'ampleur même de la redistribution politique que s'évalue la richesse que cette même redistribution politique détruit:

la redistribution politique, en tendance, ne fait que détruire.

On vient de le prouver dans tous les cas en le déduisant du fait universel que, par nature, il n'y a pas de profit certain. Et on ne saurait le démontrer que plus exactement et nécessairement encore le cadre d'une analyse d'équilibre général, où on postulerait par hypothèse qu'il n'y pas de profit du tout. S'il n'y a ni profit ni perte, alors ce ne sera plus seulement en tendance que la redistribution politique détruit autant qu'elle redistribue:

dans des hypothèses d'équilibre général, la logique exige de représenter la redistribution politique comme détruisant exactement autant qu'elle redistribue, toujours et partout.

Il restera aux historiens de la science économique à expliquer pourquoi les économistes n'ont jusqu'à présent pas tenu un compte exact des pseudo-investissements dans la spoliation légale, alors que ceux-ci

  • sont une réalité nécessaire parce qu'il n'y a jamais de profit certain,
  • constituent l'essentiel des destructions qu'engendre la redistribution politique et
  • donnent la mesure de leur étendue.
Ce qui nous amène à expliquer...

Pourquoi Bitur-Camember

Il s'agissait de trouver à cette loi, que nous avons démontrée ici, un nom qui illustre le fait que jusqu'à présent, les économistes - et a fortiori les comptables nationaux - n'avaient pas tiré toutes les conséquences des pseudo-investissements qu'on est obligé de faire dans la redistribution politique pour en obtenir les butins, et surtout n'avaient pas fait fait appel au raisonnement économique pour évaluer leur ampleur.

En somme, il fallait trouver une appellation qui traduise l'erreur de comptabilité majeure de ceux qui raisonnent sur la redistribution politique comme si elle pouvait durablement détruire moins qu'elle ne vole, parce qu'ils ne se sont pas demandés comment ce serait possible, alors que justement nous venons, pour nous être posé la question, de démontrer que ce ne l'est pas, que la redistribution politique tend à détruire l'équivalent de toute richesse dont elle s'empare, comme déduction directe et nécessaire du fait, reconnu par tous, qu'il ne peut pas exister de profit certain.

Nous avons vu dans cette erreur logique, consistant à croire que la redistribution politique pourrait durablement détruire moins qu'elle ne vole, une analogie irrésistible avec les conceptions scientifiques du sergent Bitur, telles qu'il les faisait connaître au sapeur Camember:

m'ferez quatre jours pour n'avoir pas creusé le deuxième trou assez grand pour pouvoir y mettre sa terre avec celle du premier trou.

En effet, comme nous venons de le voir, il n'y a pas non plus de redistribution politique assez grande pour qu'on puisse y décompter à la fois la richesse qu'elle détruit et les avantages qu'elle apporte à ses bénéficiaires - ces avantages-là ne peuvent être qu'illusoires, et ses bénéficiaires prétendus.

La redistribution politique, en tendance, détruit tout ce dont elle s'empare.

En outre, les mathématiciens apprécient le dessinateur Christophe et ses personnages, et ce sont les économistes mathématiciens qui raisonnent le plus volontiers sur la richesse à partir de présupposés qui feraient de Bitur-Camember, d'une loi déjà universelle et nécessaire, une loi en même temps exacte et absolue. Et n'a-t-on pas besoin d'un peu d'humour pour attirer leur attention sur l'erreur de comptabilité qu'ils ont commise jusqu'à présent dans leurs modèles d'un (de ce fait) prétendu équilibre général en n'y tirant pas, pour la redistribution politique, les conséquences du fait qu'il n'y a jamais de profit certain?

Comments

(Anonymous)

Une ideologie de plus

En remplaçant le déterminisme d'une explication définitive du monde par celui du marché supposé être parfaitement rationnel, la théorie libérale est aussi impuissante à répondre à ces questions que les régimes totalitaires qui l'ont précédée. Les anciens totalitarismes enfermaient les individus dans une collectivité tyrannique. “ L'humanisme libéral ” adopte la posture exactement inverse : l'indépendance absolue de l'individu face à toute norme sociale4. Or, aucun groupe humain ne peut se maintenir, surtout s'il vit en société ouverte en échange permanent avec l''extérieur, s'il n'a comme seule ambition que la maximisation des intérêts individuels. Le libéralisme présente les mêmes attributs de l'idéologie que les idéologies précédentes : ignorer le vivant au profit dun dogme qui n'a aucune existence réelle.

http://perso.wanadoo.fr/claude.rochet/pinpol/Introduction.html

Re: Une ideologie de plus

Le livre que tu cites est assez à côté de la plaque quant au libéralisme. La description qu'il en fait et que tu reprends est tout bonnement fausse. Tu attribues aux libéraux des croyances qui ne sont pas du tout les leurs. La prochaine fois, renseigne-toi avant de critiquer.

Non seulement les libéraux croient à la validité de certaines normes sociales, mais le libéralisme est précisément une théorie du Droit, c'est-à-dire une théorie des normes sociales. Et non pas une utopie, un "culte du marché", ou tout autre fantasme anti-libéral.

(Anonymous)

Re: Une ideologie de plus

>Le livre que tu cites est assez à côté de la plaque quant au libéralisme.
>
Heu, le sujet du livre que je cite (ainsi que celui de votre article)
n'est pas prioritairement le liberalisme, il me semblait plutot que
c'etait la pertinence des politiques redistributives effectuees par
l'etat (que vous caricaturez de facon grossiere).

>Non seulement les libéraux croient à la validité de certaines
>normes sociales, mais le libéralisme est précisément une théorie
>du Droit, c'est-à-dire une théorie des normes sociales.
>
De ce point de vue-la, je dirais plutot que l'approche liberale
est une forme de theorie du droit qui aboutit en pratique a
promouvoir UNE (et non pas "des") normes sociales, qui consiste
a peu pres a dire : "la propriete est le concept politique le
plus important a partir duquel on doit tout fonder".

C'est --cette attitude-la-- que vise l'auteur du livre, et qui
constitue la faiblesse du liberalisme.

Dans la pratique, dans une situation ou interagissent des groupes
humains, on assiste naturellement a l'emergence de groupes de plus
en plus gros (entreprises, groupes terroristes, religions, nations,
empires), qui ne sont a priori pas gouvernes de facon democratique,
et dont le pouvoir n'est ainsi contrebalance par rien.

C'est la raison pour laquelle la solution qui a ete mise en
oeuvre dans tous les pays du monde consiste a creer une organisation
qui s'attribue le monopole de la violence, et domine alors toutes
les autres : l'Etat. Par ailleurs, pour que ceci ne soit pas pire
que la situation "naturelle", les citoyens de cet etat doivent
avoir un droit de regard sur les choix effectues par les dirigeants,
ce qui s'appelle la democratie.

Moi, ca ne me pose pas de probleme d'admettre que ces concepts
d'Etat et de democratie sont encore aujourd'hui tres imparfaits.

Mais malheureusement, ce que je vois derriere votre discours
poli et theorique au sujet du droit et autre conceptions
superbes, c'est en realite la vieille haine anarchiste de
l'Etat, et surtout la croyance --fausse-- qu'en affaiblissant
l'Etat on va faire disparaitre les raisons qui conduisent a
la quete de la puissance et a la construction d'organisations
de plus en plus grosses.

La plus grosse erreur du liberalisme **tel que vous le defendez**,
c'est de croire qu'en diminuant le controle, on va obtenir plus
de liberte.

Mais le point aveugle de votre pensee, c'est de ne pas voir
que de par sa nature meme, tout marche est de nature monopoliste.

C'est pourquoi apres mure reflexion, le liberalisme a la sauce
"libertarienne" apparait comme une ideologie dangereuse : si on
le mettait vraiment en oeuvre, on se ferait bouffer par les pays
qui choisissent de conserver de puissantes structures etatiques.

Ou pour le dire autrement, pour que ca puisse marcher, il faut
que tout le monde soit deja convaincu au prealable !

Pour conclure, il me semble qu'en pratique, la forme
de liberalisme que vous pronez n'a en realite **jamais**
ete mise en oeuvre, sauf avec des contradictions telles
qu'on ne peut plus vraiment estimer qu'il s'agit d'implementations
authentiques (exemple: les Etats-Unis, ou le role joue par l'Etat
est en realite extremement important : donc on peut legitimement
se demander si ce qu'on voit serait vraiment possible sans
l'existence d'un tel Etat).

A partir de la, vous aurez le plus grand mal a me convaincre
que ca peut vraiment marcher en pratique, vous n'avez en
realite que des arguments de nature theorique et ideologique
a proposer.

C'est vraiment amusant - enfin, ca le serait si ca n'etait
pas si triste - de voir a quel point la naivete des economistes
liberaux (par exemple, ceux de l'ecole de Chicago) les amene a
faire le jeu de politiques de puissance (par exemple, celle de
Reagan) qui utilisent l'ideologie liberale pour se parer d'atours
mensongers.

On en vient a se demander si par hasard, le liberalisme
ne serait pas consubstantiellement lie a la mise en oeuvre
d'une politique de puissance dont il a besoin pour etre
protege, croitre, et pouvoir simplement exister. Dans
une telle hypothese (que je crois vraie), il y a une
contradiction plutot enorme dans le discours qui vise
a toujours moins d'etat...

Re: Une ideologie de plus

Pas le temps de répondre en détail pour l'instant, mais tu commets la même erreur que Jean-Jacques Rosa (voir mon billet suivant) et la plupart des étatistes: tu confonds monopole de la force et organisation de la force. A ta décharge, certains anarchistes libéraux aussi. Mais ce n'est pas mon cas.

Je crois que la force sera mieux organisée, employée de façon plus efficace pour des fins plus justes, si elle est organisée de façon volontaire fondée sur le respect des droits individuels, plutôt que par un monopole. Et cela veut effectivement dire plus de force que l'État actuel, dans certains domaines importants (mise hors d'état de nuire des forces décivilisatrices et autres criminels), et moins de force dans d'autres domaines (redistributions dissipatrices). Cela veut aussi dire une structure de décision décentralisée, qui n'empêche pas un commandement intégré sur des opérations communes. La précondition d'une adhésion volontaire des participants force un tel commandement à être pertinent (comparer l'armée américaine en Irak à l'armée française à Dien Bien Phu, pour voir la différence entre un commandement efficace et un commandement criminellement stupide).

(Anonymous)

Re: Une ideologie de plus

>tu confonds monopole de la force et organisation de la force.
>
Sur ce point, je crois que vous accordez peut-etre
un trop grand pouvoir aux mots : qu'il soit ecrit
quelque part sur un bout de papier que telle entite
s'attribue le monopole de la force n'entraine pas
automatiquement mon adhesion a ce voeu le jour ou
j'aurai vraiment besoin d'employer la force.

Par contre, en tant qu'individu, je ne suis pas du
tout d'accord pour tolerer l'existence d'organisations
legales qui ont le droit de transformer l'usage de la
force en un business, en particulier parce qu'a partir
de la, c'est la porte ouverte a l'injustice, puisque la
qualite de la protection dont on dispose se met alors a
dependre de la fortune dont on dispose ou dont on ne dispose
pas. A partir de la, certains deviennent plus egaux que
d'autres, et c'est la fin de la liberte : l'usage de la
force etant libre, il ne reste plus que le choix entre
faire partie des assujettis ou entrer dans le mafia
business et autres milices.

Relisez l'histoire, et voyez comment la liberte a disparu
a partir de la fin du haut moyen age en Europe : vous vous
apercevrez que l'apparition du servage provient precisement
de la liberte qui a ete donnee aux feodaux d'utiliser la
force pour etablir leur propres armees privees et asservir
la majeure partie de la population.

C'est la raison pour laquelle je crois que vous avez fort
mal entendu mon point de vue : je ne confonds pas le monopole
de la force et sa necessaire organisation. Je defends le
monopole de la force attribuee a l'Etat comme --garantie
de la defense du plus faible--.

Pour moi, c'est ce critere-la qui prime, et le fait qu'une
consequence naturelle des theories que vous pronez soit
d'aboutir a remettre en cause ce critere me montre qu'en
realite, le "liberalisme" tel que vous l'entendez n'entretient
qu'un rapport assez lointain avec la liberte veritable.

En elles-memes, les conceptions que vous pronez sont
porteuses de barbarie, puisqu'elle battent allegrement
en breche le principe fondateur de toute civilisation,
qui est la defense prioritairement accordee au plus faible.

(Anonymous)

Re: Une ideologie de plus

>Je crois que la force sera mieux organisée, employée de façon plus efficace >pour des fins plus justes, si elle est organisée de façon volontaire fondée >sur le respect des droits individuels, plutôt que par un monopole.
>
Ca m'a tout l'air d'un voeu pieux. Dans le domaine de l'usage de
la force, rien ne prouve que le monopole n'est pas la solution la
plus efficace.

On peut meme dire que tout prouve l'inverse : il est bien
connu que l'economie de guerre la plus efficace est une
economie de type planifiee et centralisee (cf. economie
des US et de l'Angleterre pendant la 2e guerre mondiale).

C'est justement ce type d'economie que critiquait Hayek
dans the Road to Serfdom. Mais la critique de Hayek ne
porte pas sur l'efficacite de l'economie de guerre, elle
porte sur des raisons de principe : elle avertit que la
persistance de cette forme d'organisation economique est
un danger pour la liberte a partir du moment ou on est
a nouveau en temps de paix.

Donc il est dangereux - et c'est probablement aussi
un grossier contresens - de chercher a vouloir appliquer
les principes de l'economie la ou ils n'ont rien
a faire (en particulier, dans les domaines ou l'usage
de la force predomine).

>comparer l'armée américaine en Irak à l'armée française à Dien Bien Phu, >pour voir la différence entre un commandement efficace et un commandement >criminellement stupide
>
Alors celle-la, c'est la meilleure de l'annee !!! Il me semble que
dans le cas des Francais a Dien Bien Phu, nous observons une armee
qui a combattu loyalement (et en suivant une strategie stupide,
certes) contre une autre armee. Ensuite, les lois de la logique
etant ce qu'elles sont, les Francais ont alors perdu.

Le cas de l'armee Americaine en Irak est plus qu'un petit
peu different : en particulier, je m'etonne que le fait
qu'il s'agisse d'une armee de volontaires vous aveugle
sur le fait que cette armee-la est responsable de lourdes
pertes dans la population civile. Pour ma part, je trouve
que ce qu'il faudrait qualifier de "criminel", c'est plutot
cette forme d'aveuglement dont vous faites malheureusement
preuve.

>Je crois que la force sera mieux organisée, employée de façon plus efficace >pour des fins plus justes
>
En tout etat de cause, vous me fournissez vous-meme un
excellent contre-exemple !

Sur la chute de l'empire

Sur la chute de l'empire romain, et la libération (relative) qu'ont représenté les invasions barbares, voir ce qu'écrit Terence Kealey.

(Anonymous)

Re: Sur la chute de l'empire

>>Sur la chute de l'empire romain, et la libération (relative) qu'ont
>>représenté les invasions barbares,
>>
>
>Constantine promulgated a law in AD 332 which bound all coloni to
>the state as serfs. Their children were glebe adscripti, tied to
>the soil.
>
Il ne faut pas faire de contresens : a l'epoque de
Constantin, l'esclavage etait en realite en **declin**,
ce qui explique pourquoi il etait devenu necessaire
de promulguer des lois qui forcaient certaines
categories de la population a remplacer la main
d'oeuvre manquante. Mais ca n'a pas marche, de
toute facon.

En tout cas, ce n'est que longtemps apres
que le servage a proprement parler s'etablit
vraiment en Europe, dans un contexte qui est
lie a l'etablissement de la feodalite. De ce
point de vue-la, il est tout a fait clair que
l'Etat a ete le facteur decisif qui a ensuite
permis de sortir de la feodalite, et de mettre
fin au servage.

Re: Sur la chute de l'empire

Il n'est jamais nécessaire d'asservir les citoyens, qui moins est pour l'intérêt dit général des mêmes dits citoyens. S'étonner qu'en suite ça ne marche pas, quel bel anérisme! Quant à la fin du servage, elle a eu lieu plus tôt en Angleterre, où justement l'état était le plus décentralisé. Et c'est le pays le plus centralisé, la Russie, qui l'a aboli le plus tard. Bizarre, bizarre. Libérer tout le monde en même temps, c'est bien. Le problème, c'est que l'État à qui on accorde le pouvoir de libérer tout le monde emploie plutôt ce pouvoir à asservir tout le monde. Surprise? Seulement pour les naïfs qui ignorent la loi d'escalade éristique.

(Anonymous)

Re: Sur la chute de l'empire

Il est corriace, le débile. J'admire ta patience, Faré. Peut-être faut-il s'en tenir à discuter d'un point précis, car sinon le dialogue se dilue, non ? Obliger le troll à cesser d'être trollesque me semble un point de départ obligé.

Quoiqu'il en soit, encore bravo!
Mickaël Mithra

(Anonymous)

Re: Sur la chute de l'empire

>Il est corriace, le débile. J'admire ta patience, Faré.
>
Ce sont les gens qui ne doutent jamais -- surtout quand leur contribution au debat se limite a des injures -- qui sont vraiment des imbeciles. Pas ceux qui essaient d'apporter des arguments pour identifier les faiblesses de l'argumentation adverse, et ainsi approcher de plus pres la verite.

C'est Lenine, je crois, qui disait qu'il ne discutait pas pour chercher la verite, mais pour gagner. Et c'est aussi ce que vous faites.

>Peut-être faut-il s'en tenir à discuter d'un point précis, car sinon le >dialogue se dilue, non ?
>
Effectivement, le point le plus important :

<< Dans la pratique, dans une situation ou interagissent des groupes
humains, on assiste naturellement a l'emergence de groupes de plus
en plus gros (entreprises, groupes terroristes, religions, nations,
empires), qui ne sont a priori pas gouvernes de facon democratique,
et dont le pouvoir n'est ainsi contrebalance par rien. >>

n'a pas recu de reponse satisfaisante. A partir de la, vous pouvez bien venir me raconter qu'en supprimant l'Etat on aura plus de liberte, mais objectivement, c'est extremement peu convaincant, parce que sans Etat, on se retrouvera face au regne des mafias (de toutes natures), pas avec plus de libertes.

Et de ce point de vue-la, les concepts qui ont fait leur apparition au cours de cette discussion (consommateurs armes, democratie avec un petit d, etc.) semblent plutot relever d'un delire crypto-fasciste qui augmente encore la faiblesse de vos arguments.

(Anonymous)

Re: Sur la chute de l'empire

En ce qui concerne le servage en France, Rois ou Seigneurs,
c'etait plutot bonnet blanc et blanc bonnet :
<<
http://www.bhistoire.com/f03.htm
>>

Donc on ne peut pas vraiment dire, comme il est dit plus haut,
que "l'Etat a ete le facteur decisif qui a ensuite permis de
sortir de la feodalite, ***et de mettre fin au servage***".

En realite, les rois ont lutte contre les feodaux pour des
raisons politiques, mais ils ne semblent pas s'etre comportes
de facon notablement differente envers leur serfs Ceci dit,
ce sont eux qui donnaient l'exemple, donc l'Histoire a retenu
qu'en substance, les rois etaient a l'avant-garde du mouvement.

En fait, ce mouvement de liberation etait un mouvement social
de grande ampleur, et il constituait une excellente occasion de
lever un nouvel impot constitue du prix a payer pour racheter sa
liberte.

(Anonymous)

Re: Sur la chute de l'empire

Ceci dit, il semble difficile d'accuser l'Etat
du servage. En tout cas, c'est ce que **ne montre
pas** l'exemple du servage en France.

Le servage en France commence a decliner
vers 1300 et quelque.

Mais a cette epoque-la, on ne peut absolument
pas dire qu'il existe un pouvoir d'Etat tres
centralise : ce qui existe en realite, c'est
un pouvoir feodal qui est a la fois tres fort
et tres decentralise.

Donc la theorie qui dit que le servage est
de la faute d'un Etat centralise semble plutot
difficile a soutenir. La veritable cause, c'est
l'etat de guerre permanent qui regnait a cette
epoque, les inegalites tres grandes qui existaient
dans la societe (en particulier, division entre
une classe de paysans et une classe de soldats),
et le fait que la rapine est le moyen naturel
qu'utilisent les armees pour se ravitailler.
C'est aussi ce moyen-la qu'ont utilise les
seigneurs pour assurer leur subsistance.

(Anonymous)

Re: Sur la chute de l'empire

Pour finir, en matiere d'asservissement, l'esclavage
s'est plutot historiquement presente comme un business,
qui s'est developpe **independamment** des Etats.

Voyons par exemple :
<<
http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=19127&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html)
>>

On peut y lire que :
<<
Dès le Moyen-Âge, des réseaux de pistes acheminant les esclaves depuis le cœur de l’Afrique sont entretenus par les Arabes : le réseau saharien, nilotique et des Grands lacs.
>>

Mais c'etaient des reseaux **prives** qui allaient chercher et acheminer
les esclaves. Tout ceci dependait surtout de l'existence de **clients**
pour ce genre de marchandise, donc en definitive de l'etat des moeurs
dans la societe de l'epoque.

Du point de vue des pays Africains qui fournissaient les esclaves,
ca dependait (une fois de plus) de l'etat de guerre permanent qui
existait entre les differentes tribus.

En tout cas, toutes ces choses n'apparaissent pas liees de
facon evidente a l'existence d'un Etat bien organise.

De meme, lorsque :
<<
l’exploitation des terres américaines, des mines d’or et d’argent nécessite une main-d’œuvre abondante, robuste et, si possible, bon marché.
>>

, la cupidite humaine suffit largement a expliquer ce qui s'est passe ensuite, on ne peut pas vraiment dire que la cause premiere de tout ca
c'est l'Etat, car justement a cette epoque-la, c'etait plutot l'anarchie
et la loi du plus fort qui regnaient en Amerique du Sud.

Donc ensuite, il est vrai que les Etats ont tolere l'esclavage :
<<
Colbert réglemente l’esclavage en promulguant le premier Code noir en 1685, c’est-à-dire en rendant l’esclavage officiel.
>>

Mais l'esclavage avait ete cree independamment de l'Etat, et si on veut
vraiment trouver la cause, on s'apercoit facilement que c'est l'avidite
sans scrupules d'une petite minorite qui a rendu ces choses possibles.

Du point de vue des theories liberales, je suis donc malheureusement
oblige de vous faire remarquer que l'histoire de l'esclavage se
deroule dans un cadre assez canoniquement liberal : ce sont les
plus pures lois du marche, ainsi que la loi de la survie du mieux
adapte qui jouent a plein, dans cette histoire.

Donc dans un contexte ou l'absence d'Etat favorise la liberte
du commerce, on est obliges de constater aussi que la liberte
du commerce ne garantit pas l'absence de barbarie. C'est meme
plutot le contraire qui semble vrai, en l'espece.

Réponse rapide...

Cher Anonyme,
pas le temps de faire une réponse point par point. Toutefois, je note que vous vous trompez de cible, en m'opposant la distinction étatiste "public/privé", alors que je parle de la distinction "contraint/volontaire", dans le sens libéral précis de "irrespectueux de la propriété/respectueux de la propriété". Un chef de guerre franc, normand or barbaresque, appelez-le "public" ou "privé" selon que vous sacralisez ou non le titre dont il se réclame -- pour les libéraux, c'est un bandit qui ne respecte pas la propriété d'autrui.

Reprocher au libéralisme l'esclavagisme de ces gens-là est un contre-sens total. Vous supposez que les libéraux partagent votre propre sacralisation de l'État, et obtenez une contradiction qui tient entièrement dans votre supposition incorrecte. L'État est l'institution de l'Injustice -- il n'est pas l'Injustice elle-même. Nous refusons l'Injustice, et non pas sa seule institutionalisation. Vos petits bandits et esclavagistes "privés" usent selon nous du pouvoir tout politique de déposséder autrui par la force, par opposition à l'activité économique qui consisterait à échanger avec autrui sur une base mutuellement volontaire.

(Re)lisez mon essai, l'Etat, règne de la magie noire, et aussi mes discours plus récents (en anglais) si vous pouvez.
eyes black and white

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