?

Log in

No account? Create an account
eyes black and white

Redistribution et Dissipation

Un jour que j'avais le privilège de discuter de visu avec François Guillaumat pendant quelques minutes, il m'expliqua cette intéressante loi de l'économie politique, que tout potentiel de redistribution sera quasi entièrement dissipé par des activités de lobbying destinées à capter ce potentiel, avant même de pouvoir aider quiconque. Voici comment redémontrer cette intéressante loi économique...

Le raisonnement est le suivant: étant donné des ressources disponibles, des impôts que les citoyens sont prêts à payer, et qui peuvent être affectés à de nouvelles dépenses, en une quantité espérée Q de richesses à redistribuer, et des taux d'intérêts T sur la période de décision d'affectation, il est rentable d'investir jusqu'à Q/(1+T) pour raffler la mise. Bien sûr, il y aura concurrence entre de nombreux lobbies, et l'issue ne sera donc pas sûre, ce qui engendre un risque non négligeable qui a un coût élevé. Chaque entreprise n'investira qu'à concurrence de S*Q/(1+T)(1+R)S est l'espérance de succès de l'entreprise, et R le taux de couverture du risque. Mais à supposer les acteurs du marché politique un tant soit peu capables d'évaluer les quantités en présence, la somme des fonds investis dans le lobbying sera donc de l'ordre de Q/(1+T)(1+R). Les grands bénéfices attendus en cas de réussite autant que les grands coûts en cas d'échec incitent fortement à la professionalisation du lobbying et à sa cartélisation, pour que les échecs et réussites se compensent les uns les autres, permettant d'extraire un revenu régulier; le bénéfice moyen d'une telle entreprise étant au taux T+R+R*T soit plus que T, la différence R+R*T sera un appel à l'investissement de nouveaux capitaux Q(1-1/(1+T)(1+R))/(1+T) dans le secteur du lobbying, jusqu'à ce que le coût de ces investissements et la concurrence fasse chuter le taux de bénéfices après amortissement des fonds. Le résultat sera donc un marché avec des acteurs bien définis, ayant chacun une clientèle établie, une identité marketing, etc., avec la nécessité d'investir énormément avant de pouvoir faire concurrence avec les lobbies en place. Cette barrière à l'entrée sera donc une rente de situation, que les acteurs pourront soit empocher, augmentant le taux de bénéfice et donc la tension avec la concurrence réelle et potentielle, soit réinvestir pour rester en jeu face à cette concurrence. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'au bout du compte, les divers lobbies politiques auront bien dissipé la quasi-totalité des sommes disponibles en lobbying et en infrastructures de lobbying, les infrastructures étant d'autant plus développées que le lobbying est risqué.

On peut ainsi expliquer pourquoi la promesse d'une aide internationale au futur gouvernement somalien à hauteur de 1 milliard de dollars, va susciter des rivalités politiques, bandes armées, et autres joyeusetés à hauteur de plus de 900 millions de dollars pour déterminer qui sera le gagnant du jackpot (en supposant un taux d'intérêt de l'ordre de 10%). De même, une population désarmée habituée à payer 60% d'impôts au pouvoir va susciter des querelles politiques dissipant 54% du revenu national. Bien sûr, cette population ne changeant pas de maître d'un seul coup, la plupart de ces 54% auront déjà été dissipé à l'avance par les divers partis qui se déchirent pour le pouvoir, sous forme de promesses à des groupes d'intérêts divers, de propagande, subvention à des amis, de grèves, etc. -- mais aussi et surtout sous forme infrastructures de contrôle de l'opinion, nécessaires à assurer leur part du pouvoir à chacun des groupes de pression.

Bien sûr, les 60% d'impôts ne sont pas tous disponibles, au sens où il faut bien rendre quelques services en échange, pour éviter une révolution. Mais la moindre parcelle de budget qui n'aura pas d'affectation claire, sera soumise à cette loi de dissipation.

En fait, on peut aller plus loin, pour établir que même la partie de l'impôt non disponible pour une captation par un groupe de pression ne sera pas versée utilement pour le bien de la population sans que la population paie à nouveau et en double la valeur des services donnés gratuitement avec cette somme. En effet, entre citoyens bénéficiaires potentiels de tous les services gratuits offerts par l'État avec cette somme, il y aura aussi concurrence. Par exemple, en ce que l'hôpital public à privilège coûte moins cher que l'hôpital privé libre, il attirera une clientèle surabondante qui devra payer en terme de qualité des soins inférieurs, de temps perdu à faire la queue (six heures pour une urgence, six mois pour la consultation d'un spécialiste), à hauteur de la gratuité partielle du service. De même, ce que des litigateurs ne paieront pas en frais de justice, ils le paieront en frais d'avocats supplémentaires, en honoraires de notaires à monopole, en attente, en dénis de justice, etc. Si sans gratuité du juge, je suis prêt à payer une certain somme pour augmenter mes chances de victoire dans un litige qui m'oppose à une autre partie, après gratuité du juge, je suis toujours prêt à payer la même somme, et ce sont les avocats qui l'empocheront en augmentant leurs honoraires, ce qu'ils pourront d'autant mieux faire que le marché aura été réservé par diverses réglementations légales. Même la gratuité des transports ne fera que valoriser l'immobilier, et augmenter les prix du logement, qui paieront ainsi par avance l'avantage. Et la baisse forcée des prix des loyers fera que les queues augmenteront, les dépôts de garanties, etc.

Bien sûr, dans toutes ces interventions, qui sont autant de déréglements, il y a des gagnants: tous ceux qui apprennent à jouer avec les règles, à se conformer aux critères administratifs, etc. Les dépenses sociales sont finalement une façon de payer les gens pour qu'ils investissent en la conformité aux normes subventionnées. Les bénéficiaires paient en investissant dans la conformité: apprendre à rester pauvre pour bénéficier des aides pauvretés, apprendre à être débrouillard vis-à-vis des administrations, apprendre à demander des aides, etc. --- devenir client du système. Toujours autant de manières de dissiper l'aide d'État.

Le bilan de cette étude est que l'on peut considérer que toute dépense étatique est en fin de compte une pure dissipation, quasi entièrement dissipée en improductives dépenses de captation, le reste, correspondant plus ou moins au taux d'intérêt ambiant, étant affecté au bénéfice des exploiteurs ayant réussi à capter ces fonds.

PS: cette loi a été découverte pour la première fois par François Guillaumat et George Lane, qui l'ont baptisée La loi de Bitur-Camember.

Comments

eyes black and white

October 2017

S M T W T F S
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031    

Tags

Powered by LiveJournal.com