| François-René Rideau ( @ 2004-01-24 03:15:00 |
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Anticonstitutionnellement vôtre
La constitution, loi première censée donner une légitimité aux lois légiférées,
n'est qu'une façade juridique pour la violation du Droit.
Comme toute prétendue cause première
sortie du néant,
elle se contredit du fait même qu'elle suppose l'existence
d'un monde antérieur et supérieur à la cause prétendu première
,
tout en niant ce monde qu'elle prétend dorénavant remplacer totalement.
Mais qu'est-ce qui donne légitimité à la Constitution?
Une méta-constitution???
Le Droit ne peut pas reposer ultimement
sur un document écrit par l'homme;
l'idée en est aussi vaine et farfelue
que celle d'une théorie mathématique sans axiomes.
Il y a des axiomes du Droit, qui ne dépendent pas de la volonté de l'homme,
mais de la Nature de l'univers, y compris la place qu'y tient l'homme.
Appelons Droit naturel la collection de ces axiomes
(eh patate, c'est une définition!)
Maintenant, identifions-les.
La collection est-elle vide ou non-vide?
(Si elle est vide, il n'y a plus de Droit possible,
mais seulement le Fait du plus fort.)
Connaissant le Droit naturel, y a-t-il ensuite besoin d'une Constitution?
La législation, principe par lequel des lois sont édictées par l'homme,
y compris cette déclamation initiale qu'est une constitution,
est-elle compatible avec le Droit naturel?
Pour un classique sur le sujet de la constitution, lire No Treason, the Constitution of No Authority de Lysander Spooner, aussi disponible en français chez Les Belles Lettres comme Outrage à Chefs d'État.
En fait, toute cette histoire de législation, à commencer
par la sacro-sainte Constitution,
tient à ce que d'aucuns se prennent pour Dieu,
et croient que les édits des hommes peuvent par quelque magie solennelle
se transsubstantier en lois de la nature.
Toujours
l'illusion anéristique.
Malheureusement, pour ce qui est de l'éventuelle efficacité de la Constitution
à empêcher les politiciens de faire le mal,
comme le dit de Jasay dans son ouvrage primé
par de nombreux intellectuels libéraux,
The State:
la Constitution est comme une ceinture de chasteté
dont la femme elle-même posséderait la clef.
À vrai dire, même les pères fondateurs de la Constitution américaine
n'avaient pas plus confiance que ça dans la pérennité de leur oeuvre,
et disaient explicitement qu'une future révolution serait nécessaire
pour rétablir la liberté
quand le régime qu'ils fondaient serait devenu trop oppressif
-- d'où d'ailleurs leur insistance à garantir que les citoyens soient armés,
et pas l'État.
On voit qu'ils ont eu raison dans leurs préventions,
mais qu'ils n'ont pas réussi dans leurs précautions.
PS: pour une tentative de constitution libérale,
qui ne prétend pas être une cause première,
mais une mise en forme d'un Droit antérieur, voir
les travaux de Roderick T. Long.
De tels cantons virtuels
ne sont bien sûr qu'une formalisation
de la Panarchie.
Mais quoi qu'il en soit,
une telle constitution ne peut pas prétendre à une autorité
au-delà de l'ensemble des personnes qui s'y seraient volontairement soumises.