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Le vase de Soissons, ou l'Anti-Magna Carta

Pour voir à quel point l'étatisme est ancré dans les traditions françaises, à l'opposé des traditions anglo-saxonnes, il suffit de regarder le mythe fondateur de la monarchie française qui elle-même fonde la France et son État: le vase de Soissons, tel qu'enseigné de tout temps à l'école à tous les enfants. Il est à l'opposé même du mythe fondateur des libertés anglo-saxonnes, la Magna Carta.

Selon la légende, H'lodwigh, roi des Francs (célébré sous les noms trompeurs de Clovis Ier ou Louis Ier), après que sa troupe de brigands ait passé par les armes les hommes de Soissons et en ait violé les femmes, accepta de rendre à l'évêque local (i.e. bureaucrate en chef du régime totalitaire failli) un vase orné. Il déclara à ses hommes qu'il prendrait ce vase en sus de sa part convenue du butin rapporté par ses pillards. Mais alors que les canailles de sa troupe se soumettaient à son commandement en l'acclamant, un des voleurs, sans doute celui qui avait pris le vase qui lui revenait donc "de droit", objecta à ce que H'lodwigh se place au-dessus des lois régissant le partage entre membres de la troupe de SS germaniques; ne pouvant autrement prévaloir, ce rebelle brisa le vase à coup de tomahawk (la francisque, hâche de jet donnant son nom au gang des "Francs"). Un an après, à l'occasion d'une revue militaire, H'logwigh reconnaît celui qui lui tint tête à raison, et, au prétexte que ce guerrier serait mal apprêté, jette ses armes à terre pour l'humilier; puis, quand l'homme se baisse pour ramasser ses armes, H'lodwigh lui fracasse le crâne à coup de francisque en lui rappelant le vase de Soissons.

La Magna Carta anglo-saxonne, c'est au contraire les Barons se révoltant avec succès contre le duc de Normandie devenu roi d'Angleterre, et faisant reconnaître à ce roi (puis à chacun de ses successeurs) qu'il n'est pas au-dessus du droit commun, mais seulement un chef de bande, primus inter pares, soumis au droit commun, qui protège les droits des autres bandits. Le chef des bandits normands ne saurait donc ni s'emparer d'une part de rapine (ou d'"impôt" sur les soumis) supérieure à celle qui lui revient, ni user de rétorsion (emprisonnement, meurtre, torture, etc.) contre les autres bandits normands qui lui opposent leurs droits. Il doit respecter le code d'honneur des brigands; et pour citer John McCarthy, l'honneur entre brigands est l'ancêtre de tout honneur.

Le mythe fondateur de la monarchie française, c'est donc bien le contraire du mythe anglais: le mythe place le roi au-dessus du droit commun, plutôt qu'en-dessous. AVANT l'histoire du vase, le roi reconnaît vaguement le droit entre brigands, et requiert l'acclamation de ses troupes pour une exception aux règles de partage du butin. APRÈS l'histoire du vase, il a établi le précédent qu'il pouvait impunément assassiner ceux qui voulaient faire respecter ce droit, et donc n'y était effectivement plus soumis. La morale de l'histoire eût été fort différente si à la suite de l'incident le roi avait dû s'humilier publiquement, faire mea culpa et payer dommages et intérêts à la famille de la victime — là c'eût été reconnaître le roi comme soumis au Droit. Mais le vase de Soissons c'est au contraire le crime impuni. C'est la transition du roi naturel, chef de bande volontairement choisi par ses pairs et soumis aux mêmes règles qu'eux, au roi despote, assis de par son propre pouvoir, par-delà le consentement fût-ce même d'un petit nombre de puissants Barons.

Notons bien sûr que dans les deux cas, le droit commun n'est reconnu s'appliquer qu'aux êtres proprement humains doués de droits, c'est-à-dire aux nobles, la Race des Maîtres, promise à régner pour mille ans et plus sur le Reich germanique (FrankReich). Ces hommes libres sont dotés de droits inaliénables, contrairement au peuple vaincu des conquis, sous-hommes dénués de droits, qui eux doivent payer tribut sous forme d'impôt, sous peine de mort, torture, emprisonnement au gré arbitraire de leurs maîtres. Et une province entière pourra être complètement génocidée sans qu'aucun bâtiment reste debout pour montrer l'exemple (comme le fut le Northumberland sous les premiers normands). C'est pourquoi durant tout le moyen âge, les descendants des vaincus n'auront de cesse de faire reconnaître leurs droits, et à défaut de pouvoir être admis dans la race des maîtres de la soi-disant "noblesse", ils se feront valoir comme Francs Bourgeois, hommes libres habilités à porter des armes, et non pas serfs désarmés attachés à la glèbe comme dans les campagnes (faits tels notons-le bien par l'Empire Romain devenu totalitaire dans sa décadence). À l'aube du monde moderne, les Anglais auront ainsi fait reconnaître ces droits initialement reconnus aux seuls nobles pour tous les roturiers (y compris tous les Écossais et les Gallois; mais pas les Irlandais, il ne faut pas pousser non plus); les Français eux auront dépouillé les nobles de tous droits comme les roturiers pour faire de tous des esclaves sans droits face au pouvoir absolu de l'état tout puissant.

Notons enfin que le mythe fondant l'état et son pouvoir au-dessus du Droit, c'est aussi et toujours les tas de bandits, assassins, pillards et violeurs, qui soumettent la race inférieure des vaincus à la force supérieure de la race des maîtres. Vae Victis. Seuls les s(oci)alauds veulent faire croire que les tas soient jamais autre chose; seuls les vils idiots veulent le croire. Il y a des coups de hâche dans le crâne qui se perdent.

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