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on November 2nd, 2010 at 01:18 pm

John Rawls, ou le socialisme diabolique

Rawls, célèbre idéologue "libéral"

Parmi les nombreuses crapules crypto-totalitaires qu'elle produit et encense, l'Université de Harvard compte non seulement des politicards comme Barack Obama, mais aussi des auteurs à la mode comme Amartya Sen, ou son prédécesseur et maître, le vénéré John Rawls.

Rawls est partout dans la presse et l'université françaises présenté comme un "libéral", voire comme le "plus grand penseur libéral de notre temps". Il est effectivement "liberal" au sens américain, sauf bien sûr qu'aux États-Unis ce mot a un sens bien différent de celui qu'il a en France: un "liberal" américain, comme Rawls, prétend certes défendre la liberté, et c'est au nom de soi-disant "libertés" soi-disant "supérieures" qu'il donne un blanc-seing à un État tout puissant pour intervenir arbitrairement à tout sujet, appelant ainsi à l'abolition effective de toute liberté. Il s'agit donc pour les socialistes de voler le mot "libéral" pour avancer masqués et diffuser leur idéologie totalitaire. Aux États-Unis, les socialistes ont réussi cette usurpation, avec la complicité des conservateurs. En France, les socialistes continuent d'employer le mot "libéral" comme insulte, repoussoir ultime, là encore avec la complicité des conservateurs. Dans les deux cas, les idées libérales elles-mêmes sont largement censurées, et la confusion des termes et des concepts est systématiquement employée pour empêcher les rares membres du public qui seraient en contact avec d'authentiques libéraux de pouvoir même comprendre le contexte ou le contenu de leurs idées.

Rawls, qui se prétend libéral, est donc à la fois mis en avant par les socialistes prosélytes pour voler les mots et concepts de la liberté au profit de la religion égalitariste, et présenté comme repoussoir par les socialistes les plus dogmatiques pour ce qu'il ose encore réserver de place, fort limitée et hypothétique, à la liberté économique. À placer au centre du débat public un choix entre d'une part les socialistes cupides à la Rawls qui veulent bien laisser les créateurs s'enrichir pour mieux les plumer, et d'autre part les socialistes méchants comme ceux qui honnissent Rawls parce qu'il ose défendre la moindre trace de liberté, les socialistes s'assurent que le socialisme vaincra dans les deux cas.

Rawls est tellement repris et mis au pinacle de la philosophie qu'il mérite d'être dénoncé pour l'escroc qu'il est, ses principaux "arguments" démontés et montrés pour ce qu'ils sont: des tours d'illusioniste, vastes fumisteries ne trompant que ceux qui veulent bien être trompés (à commencer par lui même, comme pour tout bon escroc). Examinons donc la fameuse "Théorie de la Justice" qui a rendu Rawls célèbre en 1971. Traduite en Français en 1987 seulement, elle n'en a pas moins servi de prétexte dès bien avant cela pour contribuer en France comme ailleurs à la panoplie des "justifications" du socialisme "démocratique". Rawls prétend fonder sa Théorie de la "Justice", son égalitarisme "libéral" sur deux "Principes"; il justifie ces "principes" à leur tour en utilisant des concepts issus de la théorie des jeux, formalisme à la mode qu'il use de façon fort trompeuse.

Premier Principe: pseudo-libéralisme

La théorie de Rawls commence par une excuse pseudo-libérale, son Premier Principe: Chaque personne doit posséder un droit égal à la plus large combinaison de libertés fondamentales compatible avec une même combinaison pour chaque autre personne. Ce "principe" sorti d'on se sait-z-où, en surface semble mettre la liberté en premier, mais en fait, soumet cette liberté à un fatras de restrictions et de faux concepts qui la réduisent à néant.

Tout d'abord, en clarifiant son principe, Rawls s'empresse de restreindre les libertés aux seules libertés de pensée et d'expression, qu'il augmente d'une "liberté politique" de concourir à des élections, assortie de la reconnaissance à la propriété de menues possessions personnelles, et d'une protection procédurale contre l'arrestation arbitraire. Quant aux libertés économiques, elles sont explicitement exclues par Rawls des "libertés fondamentales" qu'il prétend défendre. Votre travail pourra être confisqué, toutes les professions y compris la vôtre enrégimentées, toute production pourra être contrôlée par l'État, vos idées et vos aspirations soumises à l'approbation de commissions bureaucratiques, votre consommation rationnée en des proportions choisies par "en haut"; il n'y a là aucune liberté valable dont vous puissiez vous réclamer selon Rawls. Ah, si vous n'êtes pas content, vous pourrez parler autant que vous voulez, et même vous présenter aux élections; mais les journaux, les écoles, les télévisions seront gérées politiquement, et il n'est pas même garanti que vous y ayez un accès symbolique dès lors que vos propos iront contre l'Establishment politico-médiatico-universitaire; d'autant moins que l'Internet n'existait pas quand Rawls publia son ouvrage, et que le principe de Rawls n'exclut pas qu'il soit contrôlé au nom du peuple. Bonne chance pour changer quoi que ce soit. D'ailleurs, puisque votre carrière professionnelle et votre sort économique seront entièrement entre les mains des puissants agissants au nom du peuple, les moyens d'intimidation, de censure, de confiscation, de diffamation, et de mise à l'écart ne manqueront pas.

Le premier "principe" de Rawls vous protègera d'une arrestation arbitraire, mais il suffira qu'une loi ad-hoc soit votée au nom du peuple pour que d'arbitraire votre arrestation se transforme en tout à fait régulière. Le cas échéant, il suffira de vous laisser proie sans défense face à des socialement proches que l'on excitera contre vous pour vous faire taire sans avoir à se salir les mains — cependant que le peuple sera opprimé directement par les délinquants autant que par la police, dans le règne de l'Anarcho-tyrannie. Soumettre la société tout entière au pouvoir politique, c'est véritablement offrir à l'arbitraire des puissants un pouvoir totalitaire; la protection contre une forme limitée mais visible d'arbitraire n'est que de la poudre aux yeux par laquelle les socialistes "démocrates" maintiennent une illusion de liberté alors même qu'ils contrôlent tout. Seule la classe dirigeante est effectivement protégée contre le zèle des sbires patentés autant que leur manque de zèle.

Si ce "principe" rawlsien de "liberté" en fait ne vous protége de rien, quelle est donc la contribution intellectuelle de Rawls? Pourquoi prend-il la peine d'énoncer ce principe? La réponse est que Rawls met ses pseudo-libertés en avant précisément pour neutraliser toute vraie notion de Liberté. L'appel de la liberté est plus que populaire, il est universel; chacun sent son sang bouillir quand il en est privé, et c'est en dressant des barrières d'ignorance, de haine et de mépris que les puissants arrivent à prévenir l'empathie qui nous fait réagir autant quand nous sommes témoins voire complices de l'oppression d'autrui. Rawls rajoute la confusion à ces barrières, empêchant les victimes de comprendre ce dont elles sont victimes, et se portant au secours idéologique des bourreaux. En éliminant la Liberté et le Droit comme principes universels de non-agression dans les limites de la propriété individuelle de chacun, et les remplaçant par des paniers arbitraires de petites "libertés" et "droits" positifs portant sur des resources indéterminées gérées par l'arbitraire politique central, il escamote les concepts qui comptent, et rend l'indignation incapable de se focaliser sur la source du mal.

Enfin, dès l'énoncé de son premier "principe", Rawls introduit la trompeuse expression "égalité des droits", que j'ai déjà longuement dénoncée dans un "précédent billet", et qui subordonne la liberté à ce faux concept d'égalité, appréciation subjective soumise à l'arbitraire du pouvoir, qui n'est qu'un prétexte du totalitarisme, et que Pierre Leroux, inventeur du "socialisme" moderne, n'hésitait pas à revendiquer ouvertement comme l'idole d'une nouvelle religion. C'est bien fidèle à cette même religion génocidaire que Rawls présente son "principe" pseudo-libéral et véritablement socialiste.

Second Principe: socialisme

Dans son second "principe", dit de "différence", Rawls affirme que les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que celles-ci profitent le plus possible aux membres de la société les plus désavantagés. Là, on nage en plein dans le socialisme.

Ce principe veut dire que tant que la vie du bébé malformé non viable n'aura pas été prolongée d'une seconde de plus, que le mourrant pestiféré n'aura pas les plus belles femmes du monde se relayant pour lui faire la pipe, que quiconque marchera plus vite qu'un handicapé, et que l'idiot du village laid et paresseux ne sera pas aussi riche et bien marié qu'un génie travailleur au profil d'Adonis, alors tous les droits sont abolis, toutes les confiscations sont permises, et les politiciens au pouvoir ont toute autorité pour "organiser" la société comme bon leur semble. Bref, ils n'ont qu'à faire un effort symbolique en faveur des plus malheureux, et au nom du symbole ils pourront asservir la société entière à leur gré, dans un énorme sacrifice des vivants aux mourants.

Ah, rétorquerons les Rawlsiens, mais il ne s'agit pas que du plus mal loti, mais "des" plus mal lotis. Mais où donc s'arrête cet ensemble des "plus mal lotis"? S'agit-il seulement de la personne la plus mal lotie? On a vu qu'il s'agit d'un mourant handicapé pour qui rien ne peut être fait. Ou s'agit-il des 1% les plus mal lotis? 10%? 50%? 100%? Plus mal lotis selon quels critères, mesurés de quelle façon? Sont-ce des critères objectifs, ou un prétexte laissant toute latitude à l'arbitraire de qui se fera juge, législateur, ou tyran?

Et d'ailleurs, des plus mal lotis parmi quelle population? Doit-on exclure les citoyens d'autres nations? Et pourquoi donc? Y a-t-il donc un principe supérieur qui l'emporte aux frontières? Quel est donc ce principe supérieur au principe de Rawls? Il mériterait d'être énoncé et étudié pour voir s'il ne l'emporterait pas aussi à l'intérieur des frontières.

Ou doit-on alors inclure les citoyens d'autres nations? Cela veut-il dire que l'État d'ici a pouvoir totalitaire sur les citoyens nationaux, dont aucun ne mérite rien puisqu'aucun n'est le plus mal loti sur la planète? Au nom de ces plus mal lotis, notre État a-t-il le devoir de forcer à agir l'État étranger où réside ce plus mal loti, quitte à envahir cet État s'il ne coopère pas?

Et doit-on s'arrêter à notre planète, ou tous les droits terrestres sont-ils nuls et non avenus jusqu'à amélioration du sort des prolétaires extra-terrestres? La relativité générale nous réserve bien des surprises si le "principe" de Rawls s'applique sur de telles distances où le temps varie avec l'espace. Peut-on alors parler du plus mal loti de "maintenant"? Ou ne doit-on pas aussi considérer le plus mal loti dans le passé et le futur lointain? Il risque d'être assez difficile d'améliorer le sort de malheureux morts il y a longtemps. Quant à ceux du futur — peut-on améliorer le sort de personnes qui ne sont pas encore nées, voire qui naîtront ou ne naîtront pas selon ce que l'on fait pour "améliorer" leur sort? Comment faire quoi que ce soit sans empêcher certaines personnes de naître, au profit d'autres qui naîtront? Est-ce que ces futurs non-nés ne sont pas plus mal lotis que les futurs nés?

Et puis, quitte à considérer des entités extra-terrestres ou virtuelles, qu'en est-il des bien réelles entités inhumaines habitant cette planète? Les vertébrés supérieurs ont-ils des droits? Les insectes? Les plantes? Les microbes? S'il faut démocratiquement accorder des droits égaux à chaque être vivant, ma foi, l'humain ne vaut rien et il est urgent d'améliorer le bien être des cafards et des virus du SIDA en leur jetant les humains en pâture. Comme tout "principe" collectiviste, le "principe" de Rawls donne naissance à contradiction sur contradiction, dès lors qu'on le prend au sérieux — et mis à nu, n'est plus qu'une série de dogmes arbitraires, traductions néfastes de vagues émotions névrotiques: insécurité métaphysique, complexe d'infériorité, jalousie, envie et haine envers ceux qui réussissent.

D'ailleurs, il est intéressant comme Rawls passe en fraude l'idée que "la" Société entière pusse et dusse être organisée centralement. Cela passe par l'identification du lecteur à un philosophe possédant un pouvoir divin pour modeler la société selon sa volonté, les institutions sociales étant alors l'émanation de ce "choix social", censé être identique pour tous les philosophes pensant correctement (i.e. aboutissant nécessairement aux mêmes conclusions que l'auteur). On nage en plein dans le mythe du pouvoir de droit divin, que les victimes sont censées accepter via leur propre identification au divin. Joli tour de passe-passe émotionnel en vérité. "Vous êtes Dieu tout puissant, cet État est émanation de votre volonté, (ou le serait si vous étiez aussi rationnel que moi philosophe)... en conséquence de quoi vous devez obéir à son pouvoir arbitraire." Mais dans la réalité, vous n'êtes pas Dieu, le philosophe n'est pas plus le prêtre de votre volonté que l'État n'en est pas l'émanation. Au contraire, l'État est un phénomène naturel, dont vous êtes la victime plutôt que le commanditaire, phénomène qui possède ses caractéristiques propres, et que l'on pourrait fort bien étudier du point de vue de la théorie des jeux, si on s'en donnait la peine (voir par exemple le paragraphe "théorie des jeux" de mon essai "L'État, règne de la magie noire"). Et l'intellectuel propagandiste au service du pouvoir est aussi un phénomène on ne peut plus naturel, connu et étudié depuis longtemps.

Second principe bis: encore du socialisme

Rawls, qui a du mal à compter jusqu'à trois, complémente son second principe d'une clause secondaire: [les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que] (b) les postes et les places soient ouverts à tous sous des conditions équitables d'égale opportunité.

Cette seconde clause implique que les incompétents, les gens sans talent, ni honnêteté, ni persévérance, ni intégrité ont le même droit d'occuper des places que les personnes compétentes, honnêtes, persévérantes, intègres. Avec pour conséquence qu'avec la discrimination dite positive souhaitée par Rawls et les socialistes, ce sont les personnes incompétentes, dénuées de talent, malhonnêtes, paresseuses et ayant le toupet de s'en revendiquer, qui pourront évincer leurs rivaux plus méritants. Pour ce qui est du mérite d'ailleurs, Rawls insiste que tout est hasard et que personne ne mérite rien, justifiant ses dires en utilisant l'intimidation via un modèle formel (voir ci-dessous l'analyse du caractère pseudo-scientifique de son "voile d'ignorance"). Je plains non seulement les rivaux méritant malheureux exclus au profit de leurs inférieurs (ces rivaux exclus ne sont-ils pas alors, eux, les plus mal lotis socialement?), mais aussi les consommateurs, usagers, et autres victimes qui devront subir le pouvoir de la lie de la société élevée par les socialistes à ces postes où elle pourra nuire.

Contre Rawls, je citerai Ernest Renan qui dénonce le préjugé français, qui voit dans la fonction une rente à distribuer au fonctionnaire bien plus qu'un devoir public. Ce préjugé est l'inverse du vrai principe de gouvernement, lequel ordonne de ne considérer dans le choix du fonctionnaire que le bien de l'État ou, en d'autres termes, la bonne exécution de la fonction. Nul n'a droit à une place; tous ont droit que les places soient bien remplies. Bien sûr, le socialiste étend ce préjugé à tout poste même "privé", car un socialiste ne voit partout que des fonctionnaires, les entreprises privées n'existant que par autorisation temporaire et révocable de l'État, Rawls insistant bien que toute activité économique privée est subordonnée à l'arbitraire politique, ne valant que si le pouvoir considère cette activité expédiente pour la réalisation de ses fins socialistes.

Car comme tout socialiste, Rawls ne considère l'activité économique que du point de vue de l'intérêt du producteur, les diverses occupations sociales n'étant que des "places" disponibles dans une machine au plan préétabli. Un authentique libéral, comme Bastiat, saura voir l'activité économique du point de vue de l'intérêt du consommateur; car le but des diverses activités humaines est de satisfaire les besoins, les envies, les intérêts des hommes en tant que consommateur. Un libéral comprend d'ailleurs qu'il n'y a pas de plan social préétabli, et c'est la liberté de choisir son activité, assortie de la responsabilité de faire un profit, qui aiguillone chacun vers l'amélioration de ses arrangements économiques. Restreindre la production et donner du travail à faire, voilà le progrès pour le socialiste. Travailler moins pour produire plus de satisfactions, voilà le progrès pour le libéral.

Position originelle: diabolisme

S'il y a un mérite à Rawls, c'est de rendre explicite le coeur du crédo socialiste, de façon concise et articulée. Mais la justification qu'il offre à ses "principes" — elle aussi largement reprise par les "philosophes" socialistes — est particulièrement révélatrice: Rawls invoque le concept de "position originelle", dans laquelle le lecteur est invité à choisir la société dans lequel il vivra (rien moins!), sous la contrainte qu'un "voile d'ignorance" l'empêche de savoir qui aura quelle position dans cette société, et l'oblige donc à n'émettre que des règles générales identiques pour tous. Rawls affirme alors que l'attitude à adopter est une stratégie "maximin", consistant à choisir les règles qui maximiseront le bien-être du plus mal loti parmi les membres de ladite société, car le risque est grand d'y être relégué et/ou il faut parer au cas le pire.

Mais là où les socialistes crient au génie, et rendent partout populaire ces concepts de "position originelle" et de "voile d'ignorance" en référence à ce "maître" qu'est Rawls, les philosophes honnêtes sauront reconnaître qu'il n'y a là que la reprise en les corrompant de concepts précédemment connus, et que l'originalité de Rawls n'est pas dans ces concepts mais dans leur corruption.

L'expression "position originelle" fut inventée par un économiste, John Harsanyi (depuis nobélisé), pour étudier le choix de règles de comportement social, en utilisant une formalisation mathématique que l'on appelle depuis la "théorie des jeux", et qui a trouvé des applications dans de nombreuses autres sciences, telles que l'informatique, la biologie, la stratégie militaire ou commerciale, etc. Dans ce cadre formel, la "position originelle" et son "voile d'ignorance" sont un filtre utile pour ne considérer que les règles les plus générales, qui peuvent faire l'objet du consensus d'un grand nombre de personnes dans un grand nombre de situations, et sont on l'espère applicables par-delà les hypothèses particulières des modèles simplifiés que l'on pourra étudier. Jusqu'ici rien que des mathématiques élémentaires à l'évidence incontestable; mais déjà, Rawls, en élevant cette abstraction comme principe fondamental détaché de toute application réelle, renverse l'ordre épistémologique de la science économique qui au contraire n'y reconnaît qu'une approximation utile mais grossière de situations bien réelles: Le philosophe rawlsien s'attribue un pouvoir divin, et s'intéresse à des règles arbitraires qui partent d'intentions qu'il croit bonnes, alors que l'économiste se soucie d'action humaine, et s'intéresse aux conséquences logiques des règles étant données les contraintes de la nature humaine.

Bientôt, Rawls introduit des divergences par rapport à l'emploi classique et bien établi de la théorie des jeux. Harsanyi, en économiste, présente comme préférables les règles qui maximisent l'espérance de gain de tous, i.e. une stratégie "maxi", que Rawls dénonce comme "utilitariste", pour lui préférer sa stratégie "maximin". Or, en science économique, c'est évidemment la stratégie "maxi" qui est pertinente, puisque c'est elle qui permet de comparer l'issue des interactions selon les diverses règles considérées du point de vue de l'usage efficace des resources. Et c'est bien cet usage efficace ou non qui décidera si ceux qui adoptent une règle seront compétitifs face à leurs rivaux qui en adoptent d'autres, et c'est cette compétitivité qui implique survie et multiplication via sélection naturelle.

La stratégie "maximin" prônée par Rawls, n'a de sens en théorie des jeux que si l'on suppose un adversaire maléfique, qui tente de minimiser le bien que veut maximiser le joueur choisissant les règles sociales. Le modèle implicite de Rawls, c'est donc celui du philosophe législateur comme Dieu, et d'un Diable qui choisira en qui le philosophe non encore né s'incarnera. Cela contraste notablement avec le modèle suivi par les économistes, où le choix de règles sociales se fait par des humains, qui ne se battent pas contre un adversaire maléfique, le Diable, mais agissent dans un contexte neutre, la Nature. Comparé à un choix de règles dans le cadre naturaliste, le choix de règles dans le cadre diabolique aboutira bien sûr à un résultat affligeant, puisque le Diable a le dernier mot, et vous donnera le pire de ce que la nature offre.

Dès lors, point de surprise à ce que le point de vue Rawlsien aboutisse à la justification maléfique d'un pouvoir politique totalitaire: l'innovation rawlsienne consiste précisément à introduire un Diable et à lui donner le dernier mot, là où les économistes étudiaient une interaction avec la Nature. Quand bien même ce Diable n'existait pas dans la Nature, suivre les principes socialistes, telles qu'élucidés par Rawls, consiste très exactement à réaliser sur terre une volonté diabolique — volonté qui en fin de compte trouve sa source dans Rawls et ses complices socialistes. Il n'est donc pas exagéré d'affirmer que Rawls, et les socialistes, "progressistes" et "social-démocrates" qui partagent ses thèses, sont à proprement parler diaboliques, et que le socialisme, "progressisme", ou quelque soit le nom qu'il emprunte, est une forme de diabolisme.

Bien sûr, Rawls se garde bien d'expliciter la signification diabolique de son modèle. Il ne s'en rend sans doute même pas compte, si heureux qu'il est d'avoir trouvé une justification d'allure scientifique au socialisme, qui corresponde effectivement si bien à la façon de pensée des socialistes. Il se rend bien compte que son modèle ne correspond pas à la réalité telle qu'étudiée par les économistes utilisant la théorie des jeux; mais sa réaction est de dénoncer ces économistes comme "utilitaristes" et de proposer sa fonction d'évaluation "maximin" comme résultant d'un choix subjectif qu'il prétend meilleur. Cependant, le choix de fonction d'évaluation en théorie des jeux n'a rien de subjectif; une fonction différente correspond mathématiquement à un modèle différent — en ce cas, au modèle diabolique. S'il fallait rejeter les principes de la théorie des jeux, alors d'une part, ou bien Rawls devrait expliciter l'erreur qui se cache dans les interprétations reconnues de la théorie des jeux et proposer une théorie des jeux corrigée, ou bien il doit abandonner cette théorie et donc toute les tentatives de justification qu'il a construit au-dessus de cette théorie. Quand un scientifique voit que les hypothèses de son modèle ne correspondent pas ou plus à la réalité, il abandonne le modèle pour en choisir un autre plus adapté à décrire cette réalité. Quand le mystique voit que la réalité ne correspond pas ou plus aux hypothèses de son modèle, il abondonne la réalité et décrète que celle-ci doit s'adapter à son utopie. Rawls est un mystique. Un mystique diabolique.

Voile d'ignorance: Pseudo-Science

Comme tous les escrocs qui déguisent leurs superstitions sous le masque de la Science, Rawls fait donc un emploi impropre de la Théorie des Jeux, dont il détourne des concepts valables hors du contexte où ils sont pertinents, pour glisser en douce ses axiomes égalitaristes sous un fatras formaliste qui lui donne l'apparence de sérieux intellectuel. L'emploi d'un vocabulaire scientifique formel, assorti de modèles mathématiques, n'est alors qu'une tentative d'intimidation pour cacher le sophisme ad hoc sous la complexité de formules dont on pourra accuser le contradicteur de ne pas être à même de les comprendre, de ne pas avoir le diplôme, la formation, le titre, la qualification officielle, pour les commenter. En cela, Rawls est bien une version contemporaine de Marx, qui lui aussi habillait le mysticisme socialiste de mots savants et mimiquait la science économique de son temps. Tous deux ont pour seule innovation d'employer les concepts économiques à contresens, de passer leurs prémisses en contrebande sous une imposante modélisation mathématique, de confondre allégrement causes et conséquences.

Examinons donc certaines des "contradictions dynamiques" par lesquelles les conclusions de Rawls, qui ne font que reprendre explicitement les suppositions qu'il a passées implicitement en fraude, détruisent les hypothèses mêmes qui permettraient de faire les inférences par lesquelles il prétend avancer son raisonnement.

Ainsi, le concept de maximisation d'espérance de gain, pour l'aggrégat des joueurs (l'approche utilitariste) comme pour le plus mal loti (la variante Rawlsienne), présuppose que ce "gain" puisse être évalué en termes comparables d'une personne à l'autre. Un économiste parlera alors de valeur cardinale permettant des comparaisons interpersonnelles. Or, dans le cas général (tel qu'étudié par l'école autrichienne), on ne peut supposer pour que des valeurs "ordinales", i.e. des échelles de préférence personnelles non chiffrables et incomparables d'une personne à l'autre. L'existence d'une échelle de valeur cardinale commune est une hypothèse simplificatrice, une approximation grossière, qui n'est justifiée que dans le cas où les acteurs, ayant leurs intérêts en harmonie et interagissant paisiblement, peuvent par ailleurs échanger sur un marché libre, révélant ainsi un prix marginal pour chaque satisfaction sur une échelle monétaire unique. En affirmant contrôler et restreindre arbitrairement les marchés, Rawls, comme tous les étatistes, socialistes, "progressistes", etc., détruit l'hypothèse même qui permet d'approximer la notion de "valeur" par un nombre commun à tous, approximation pourtant préalable à tous les calculs qu'il prétend effectuer.

Rawls passe aussi en fraude l'idée que les règles de comportement elles-mêmes dussent prendre leurs décisions de jeu derrière un voile d'ignorance traitant chacun identiquement sans pouvoir différencier les individus selon ce qu'ils sont ou font. Or, en théorie des jeux, même si les règles elles-mêmes doivent être choisies avant de connaître les situations particulières des joueurs (encore une fois, une hypothèse tout à fait raisonnable, qui fonde la théorie des jeux), ces règles peuvent par définition et doivent en général prendre en compte l'information disponible au cours du jeu. Passer de l'ignorance a priori à l'égalitarisme a posteriori est donc une escroquerie intellectuelle de plus de la part de Rawls. Il est tout à fait raisonnable de reconnaître que les joueurs sont des individus différents, naissant avec des fortunes et des talents différents; il faut reconnaître cette réalité et faire pour le mieux étant donné cette situation, plutôt que de prétendre "égaliser" tout le monde selon les critères subjectifs de démagogues au pouvoir. Si le "mérite" est effectivement invisible à l'hypothétique législateur qui choisirait des règles sociales universelles, il n'est pas invisible à ces règles, qui peuvent distinguer qui a effectivement du talent, de l'intégrité, de l'opiniâtreté, que ses vertus soient innées ou acquises, et saura mériter la place briguée, et qui sera un zéro, un criminel, un paresseux, que ses vices soient innés ou acquis, et ne méritera qu'une punition adéquate. Quand bien même l'hypothétique âme désincarnée du modèle Rawlsien, n'aurait par hypothèse aucun vice ni vertu (néanmoins supposée qu'elle est d'être un philosophe parfait capable de choisir les règles sociales), d'ici que les règles sociales s'appliquent à elle, elle aura été incarnée en un être qui possède effectivement vices et vertus, que ces règles peuvent et doivent prendre en considération.

Par un tour de prestidigitation, Rawls emploie à tort et à travers la notion de "voile d'ignorance" pour nous interdire d'utiliser l'information effectivement disponible sur le monde réel, et nous intimer de suivre à la place les dogmes égalitaristes qu'il a introduit en fraude dans son modèle. Remplacer la substance par un poison — Rawls est un empoisonneur. Notons que le même stratagème se cache derrière de nombreuses autres variantes du "voile d'ignorance" tel qu'employé par d'autres tyrans: le "principe de précaution" veut substituer l'ignorance des bureaucrates à l'opinion des personnes concernées. L'"abolition de la peine de mort" substitue à la conviction des juges l'ignorance des bien-pensants. Dans tous ces cas, le problème véritable est lié à l'irresponsabilité de certains acteurs (industriels, juges, etc.) protégés par un monopole d'État (statut de "responsabilité limitée", immunité judiciaire), et la solution est de rétablir la pleine responsibilité pour chacun, là où les socialistes veulent instaurer une irresponsabilité totale.

L'emploi de concepts et d'outils scientifiques par Rawls est au mieux un long discours pour ne rien dire, en fait une diversion pour cacher les hypothèses totalitaires qu'il passe en fraude pour les ressortir en conclusion comme s'il les avait établies scientifiquement. Les seules "innovations" de Rawls sont une série de mensonges, d'erreurs et d'omissions de plus, des tours de passe-passe philosophiques. Le propos de Rawls n'est qu'une vaste escroquerie intellectuelle destinée à donner au totalitarisme une fausse justification à l'apparence scientifique, modérée, policée, intellectuelle et honnête.

Conclusion: Méchant, mais surtout Cupide

Rawls sait dégouliner de bons sentiments, de bienpensance, de modération dans le ton de ses propos, etc. Mais de même que pour son premier principe pseudo-libéral, ces pseudo-bons sentiments, cette pseudo-bonne pensée, cette pseudo-modération dans le ton, ne sont qu'autant d'appâts destinés à faire avaler au lecteur le poison que constituent les diverses innovations intellectuelles de Rawls, qui sont autant de tromperies au service du totalitarisme. Rawls n'est certes pas le massacreur en chef, ni même le commanditaire des meurtres et de l'oppression que son idéologie implique. D'ailleurs, si comme tous les socialistes, Rawls a un fond méchant, comme le démontre amplement le caractère diabolique de son argument de fond, Rawls fait plutôt partie des cupides: au soi-disant profit des moins nantis, il veut soutirer aux créateurs de richesses le maximum de ressources possible, quitte à les laisser s'enrichir personnellement.

Rawls est l'idéologue officiel du tout-à-l'État. Bien à l'aise dans sa tour d'ivoire cependant que d'autres font les basses oeuvres du Pouvoir, il justifie les aspirations totalitaires des puissants, il introduit la confusion parmi les victimes avec ses faux concepts, il désarme ces victimes intellectuellement, il renforce émotionnellement le pouvoir total arbitraire des tchékistes, leur permet de commettre leurs crimes avec bonne conscience cependant que leurs victimes ne se défendront pas voire se feront complices. Bref, il remplit bien le rôle de l'intelligentsia au service de l'Establishment, et c'est bien pourquoi il comptait parmi les nomenklaturistes.

Ayn Rand, dans sa lettre sans titre du 29 janvier 1973, publiée dans le recueil "Philosophy, who needs it", fait une brillante analyse de Rawls et ses comparses, disséquant la "morale" anti-humaine de leur bienpensance socialiste: sacrifier tous ceux qui réussissent à accomplir quelque chose, au nom même de leur crime d'être quelque chose, pour offrir leur chair, leur temps, leur souffrance, leurs biens, à ceux qui ne sont rien, au nom du titre de noblesse qu'ils ne sont rien. Je recommande chaudement le texte de Rand. Quant à moi, je me contente d'analyser le discours de Rawls d'un point de vue plus technique, pour en montrer les charnières fallacieuses.

Rawls est encensé, présenté comme développant la meilleure et la plus "libérale" justification de la social-démocratie. Si c'est là ce qu'ils ont de mieux, vous pouvez rejeter les thèses "social-démocrates" directement au vide-ordure. Elles ne sont qu'un cache-sexe mensonger des superstitions totalitaires habituelles de l'increvable culte mystique de l'"égalité".


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